Chapitre 10 – Lundi matin

J’ai dormi d’un sommeil sans rêve, et sans cauchemars. Le samedi matin, à mon réveil, tout le reste du monde était partis. (Oui, je sais, le titre c’est : « Lundi matin », mais un peu de patiente, dans deux jours on y arrive !)

Je suis allée à la cuisine rejoindre mes parents qui prenaient leur petit déjeuner. Ils m’ont accueillie avec un sourire bienveillant, surmonté d’une moustache de chocolat au lait pour mon père.

Ma mère s’est discrètement enquise de mon état psychologique :

Tu as bien dormi ? Tu es sûr que ça va ?

J’ai hoché la tête, deux fois. Mon père a pris mon poignet et a tâté mon poult :

Battement normal, pression sanguine optimale, je te déclare bonne pour le service.

J’ai fait un salut militaire.

Merci mon capitaine, mais… cette moustache est-elle bien réglementaire ?

Ma mère a souri de nouveau, pendant qu’il se « rasait » avec sa serviette.

Tu sais, a commencé mon père, alors qu’il se débarbouillait, je vais débrancher GOGOL et on va changer les serrures. C’est plus prudent pas vrai ?

Ma mère et moi, on a acquiescé, et puis j’ai commencé à boire mon bol de chocolat.

Mais, a poursuivi mon père, j’aimerais quand même bien savoir comment tu t’es retrouvée enfermer dehors ?

J’ai baissé les yeux, j’ai senti mes joues s’enflammer, qui avait mis du piment dans mon bol ?

***

Le lundi matin, (voilà on y est, ce n’était pas la peine d’en faire tout une histoire !), je suis allée au collège avec Mathilde. Pour une fois on est parti ensemble, après toutes nos aventures du vendredi soir, ça rassurait tout le monde.

Alors, t’as tout raconté à tes parents ?

Ouai, je me suis confessée, et j’ai imploré leurs pardons, à genoux.

Pas possible ?

Mais non ! Mais j’ai quand même tout dit, et j’ai fait la démo avec le stylo. Mon père était vraiment impressionné, et moi je me suis sentie mieux… comme en paix avec moi-même, avec le monde, avec l’univers, et avec le reste.

Et ben, et pas de punition à l’horizon ?

Non, ma mère a considéré qu’une nounou 2.0, c’était pas vraiment un très bon choix, et qu’elle comprenait mon désir de liberté, mais elle a quand même fait remarquer qu’enregistrer mon père a son insu, c’était pas très sympa.

Mathilde a ironisé :

A ouai, des mots très durs, et tu arrives à t’en remettre ?

Je l’ai gratifié de mon regard de duchesse :

Eh bien, très chère, sachez que cela m’a fait réfléchir, sur nos actes inconséquents et sur leurs conséquences.

Que tout ceci est bien dit. m’a répondu Mathilde dans une révérence.

Bref, mes parents se sont montrés plutôt cool. Je pense qu’ils ont eu peur rétro… septivement… euh non, rétro… pepsivement… et mince… ils ont rétro-eu peur rien qu’à l’idée que j’aurais pu me retrouver nez à nez avec le voleur si j’étais restée bien sagement à la maison.

Ben, je crois que les miens ont rétro-balisé aussi, en tous cas moi j’ai carrément retro-flippé !

J’ai alors levé mon index et ajouté solennellement :

Désormais nous aurons un comportement exemplaire, et que notre sagesse nous guide sur le chemin de l’allégresse.

Et ça veut dire quoi au juste ?

Rien, c’était juste pour la rime !

On a continué notre chemin, et c’est seulement arrivé au portail de du lycée, que Mathilde a remarqué : que j’étais bossu !

***

Lola ? T’as quoi dans ton sac à dos ? Un parachute ?

C’est Sarah qui m’a posé la question quand on a débarqué dans la cour, mais c’est Mathilde qui a répondu :

Ça ? C’est l’innocente victime de notre folle soirée de Vendredi !

Hein, quoi ? est intervenu Amélie, qui était fort opportunément dans les parages, une victime… une soirée de folie… mais il faut tout nous raconter… tout de suite !

Je voyais bien qu’elles brûlaient d’impatience d’entendre la suite, et que Mathilde avait la langue qui brûlait de leur raconter ! Ça tombait bien, mon gros sac à dos et moi, on avait une affaire à régler, alors j’ai laissé Mathilde enflammer son auditoire et je me suis éclipsée comme un croissant de lune.

***

Au deuxième coup, une voix que je ne connaissais pas m’a répondu :

C’est ouvert !

Je suis entré dans la salle du club d’informatique. Il n’y avait qu’une seule personne assise devant un écran, et à sa corpulence, ce n’était pas Jérémie, encore moins Lou. De dos, j’aurais plutôt parié pour un joueur de Rugby, voir tout une équipe. Il s’est retourné. J’avais gagné mon pari ! De face, c’était bien une équipe (enfin presque) de joueur de Rugby ! Il m’a regardé, amusé.

Je sais, j’ai trop la tête d’un informaticien, ça doit venir des lunettes.

Effectivement, il avait de petites lunettes rondes, qui semblaient perdues sur sa grosse tête carrée ?

Je m’appelle Alex, et il s’est levé.

Le fauteuil a semblé soupirer de soulagement. Mais le plafond a dû avoir la peur de sa vie, j’ai cru qu’il allait le défoncer avec son crâne, heureusement il restait un peu de marge. Sans se départir de son sourire, il a continué :

Et toi, tu dois être Lola ! Tu peux faire oui avec la tête si tu as des difficultés pour parler !

Il se moquait gentiment de moi non ?

Euh… mais comment tu…

Je sais tout !

Il a ouvert ses bras, comme s’il allait repousser les murs (je suis sûr qu’il aurait pu s’il avait voulu), et il s’est mis à rire.

Bon ok, on se détend, c’est Jérémie et Lou qui m’ont parlé de toi.

Je le regardais intriguée, jamais je n’avais rencontré une personne aussi costaude, avec des petites lunettes d’intello en prime, enfin je sais bien qu’il ne faut pas avoir d’apriori, mais là, je trouvé cet Alex… paradoxale (Bim scrabble !).

Je… je suis venue apporter un truc à Jérémie, je… je vais le poser là, je montrais le bric à brac sur la table au milieu de la pièce, et puis je… je vais aller en cours.

Ok, fait… fait comme… comme ça !

Il se moquait encore gentiment de moi non ?

j’ai posé mon gros sac à dos par terre, et j’en ai sorti l’innocente victime de notre folle soirée.

***

Hé ! Mais on dirait bien que c’est le fameux GOGOL ! a dit Alex dont les yeux refléter l’intérêt et la malice.

C’est bien lui, finalement j’ai réussi à m’en débarrasser, mais pas vraiment de la manière que j’avais imaginé.

J’ai hâte de savoir toute l’histoire !

Eh bien, j’ai pas trop le temps, mais je repasserai lorsque Jérémie sera là pour tout lui raconter.

Je faisais déjà demi-tour quand une question m’a traversé l’esprit. J’essayais de l’ignorer, mais je sentais que c’était le genre à vous faire le « space montain » dans la tête toute la journée, alors je me suis lancée :

Au fait, toi qui as l’air de bien connaître Jérémie, est-ce que Lou est toujours collée à lui comme un chewing-gum a ses baskets ?

Sous-entendu, est-ce que Lou est sa petite amie ?

J’ai rougi comme si on avait subitement tourné une lampe à bronzer vers mon visage. Il s’est mis à rire, d’un rire éclatant, j’étais tellement surprise que j’ai failli rire moi aussi. Puis il m’a fait un très beau clin d’œil (pas comme les miens) :

Ils sont très très proche, si tu vois ce que je veux dire ?

Euh, proche comment ?

Question stupide, il venait de dire « très très », c’était évident non ?

Eh bien, je dirais, très proche dans l’espace et très proche dans le temps ! En fait, si proche, qu’ils habitent ensemble !

Quoi ! A onze ans, ils habitent déjà ensemble ?

Alex semblait se délecter :

A onze ans, et depuis onze ans !

Hein ?

Ben oui, Lou est la sœur de Jérémie, sa sœur ainée, de six minutes, sa sœur Jumelle en fait !

J’ai failli m’étrangler.

***

Tu veux un verre d’eau ? a proposé Alex un peu gêné de la réaction qu’il avait provoqué.

Non, merci ça va aller…

Ou que je te tape dans le dos ?

Là, il m’avait tendu la perche :

Non, ça risque d’aller encore plus mal !

Il a souri à ma remarque ironique. Même s’il s’était un peu moqué de moi, je le trouvai plutôt sympa. J’ai repris :

Ils sont vraiment jumeaux alors ? Pourtant ils ne se ressemblent pas ?

Vraiment, vraiment ! Il a réajusté ces lunettes, mais ce sont de faux jumeaux, d’où leurs différences.

Chacun son ovule, chacun son spermatozoïde !

Euh… oui… c’est ça !

Cette fois, c‘est moi qui l’avait gêné je crois, un partout ! Et la sonnerie a retenti. J’ai ramassé mon sac à dos, et je me suis dirigé vers la porte.

Heureux de te connaitre et à la prochaine, tu peux revenir quand tu veux !

Il avait l’air sincère, et enthousiaste à l’idée de me revoir.

Ok, finalement je crois que moi aussi, heureuse de te connaître !

Je suis partie en le laissant avec un sourire étonné sur le visage.

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