Chapitre 2 – Mathilde et compagnie

Le lendemain, je suis retournée au collège, et après la démonstration de la veille, j’étais presque contente de me retrouver dans la cour avec des surveillants en chair et en os !

Mathilde, ma meilleure amie, s’est précipitée dès qu’elle m’a vue arriver. Elle habite dans le même immeuble que moi. Elle au 1er et moi au 5éme. Mais le matin elle arrive toujours avant, histoire de « prendre la température » (c’est son expression, je ne fais que l’emprunter avec son aimable autorisation). En résumé, c’est un peu de l’ornithologie, mais il faut remplacer les oiseaux par les élèves. Elle écoute le piaillement de la cour pour avoir les dernières infos, croustillantes de préférence. Une sorte de twitter préhistorique quoi ! Quand j’arrive, elle a déjà tout un tas d’histoires à raconter. Mais ce matin-là, c’est moi qu’elle a écoutée.

Pas possible ! a dit Mathilde à la fin de mon récit, ce truc va vraiment te surveiller quand tes parents seront pas là !

Ouai, t’imagines, je pourrais pas sortir de chez moi, pas regarder la télé après 21h30 et seulement des chaînes que le bidule m’autorise.

Pas possible ! Et l’ordi, t’as droit à l’ordi quand même ?

Oui… dans mes rêves.

Pas possible ! Mais tes parents sont des MONSTRES !!

Faut pas exagérer, ils disent que ça les rassure de savoir que GOGOL veille sur moi.

GOGOL ! Mais faut être un peu perturbé pour appeler ce truc GOGOL non ?

Euh, là c’était mon idée…

Pas possible…

Mathilde avait l’air encore plus dépité que moi, mais avant qu’elle ne me resserve un « pas possible » (je suis sûre que ça commence à vous énerver vous aussi), je lui ai dit qu’il fallait qu’on trouve un moyen de neutraliser mon surveillant-espion 2.0.

Au moins, tu pourras descendre chez moi quand tes parents seront partis !

Ben ouai, y’a pas de raison qu’ils aillent prendre du bon temps, et que moi je reste seule à la maison, avec la super aubergine en train de me renifler.

Sauf que pour arriver à échapper à sa surveillance, il va falloir être calé en informatique, je vois pas comment tu…

Mathilde s’est arrêtée net de parler, comme si quelqu’un lui avait mis un revolver dans le dos.

Qu’est-ce qui se passe ? T’as buggé ? lui ai-je demandé un peu inquiète.

Alors elle s’est mise à agiter son index et remuer les yeux, et m’a dit du bout des lèvres

Regarde là-bas, y’a ta solution !

Mathilde, tu peux arrêter ton numéro de ventriloque, c’est vraiment pas au point et en plus je comprends rien… là ? Où ça, là ?

Et je me suis retournée, et je l’ai vu !

***

Pour faire court, ce que j’ai vu c’est Jérémie.

Bon ok, je vais faire un peu plus long, même si ça ne le mérite pas !

Ça, donc, puisque vous insistez, c’est Jérémie, ou bien le « beau Jérémie » comme l’appelle Mathilde, ou bien « Jérémie le garçon le plus craquant du collège », toujours d’après Mathilde.

Alors oui, peut-être qu’il a de beaux cheveux, un beau visage, de belles dents, de beaux yeux, sûrement deux beaux pieds qui sentent bon en plus. Mais est-ce qu’il est beau ? je n’en sais rien et ce n’est pas le problème ! Le problème de Jérémie, c’est qu’il a une terrible maladie : c’est un Geek ; vous savez, ce genre de personne qui voit la vie en pixel et qui sait mieux écrire avec un clavier qu’avec un stylo.

Jamais ! même pas en rêve j’approche de lui, il doit être contagieux en plus.

Être Geek, ce n’est pas une maladie mademoiselle, m’a dit doctement Mathilde, même si je dénote une légère poussée de fièvre au niveau de vos joues ! Le beau Jérémie vous ferait-il de l’effet ?

Non mais, tu dis n’importe quoi ! C’est juste que… je ne parle pas son langage de, de… de robot !

Il n’empêche, a poursuivi Mathilde avec un air de défi, c’est soit Jérémie 2.0 soit ta courgette espion 2.0

***

Comment je me suis retrouvée devant lui, je ne sais plus ! J’ai senti quelqu’un me pousser dans le dos et puis mes jambes se sont mises en mouvement, et avant que je n’aie le temps d’appuyer sur la pédale de frein, j’étais nez à nez (ah tiens ? Il a un beau nez aussi), avec le garçon le plus craquant du collège… euh… avec Jérémie.

Il a ouvert de grands yeux en me voyant m’arrêter pile devant lui, si près que je pouvais me voir dans ses pupilles. Je confirme que j’avais l’air d’une grosse tomate mûre à point.

Oui ? a dit Jérémie avec un soupçon de méfiance dans la voix.

Euh…

Je me suis retournée rapidement dans la direction de Mathilde, juste le temps de lire un « vas-y ! » sur ses lèvres, et puis je suis revenue à ma position de départ comme un ressort. Ouf ! Jérémie avait légèrement reculé. J’en ai profité pour prendre une grande respiration :

C’est vrai ce qu’on dit ? Que t’es super fort en informatique ?

J’ai cru voir ses joues se teinter de rouge. Jérémie serait-il timide ?

Ça dépend ? Pourquoi ?

C’est que… j’ai un problème… qui nécessiterait une personne très calée… mais bon, peut être que je me suis trompée, et j’ai commencé à reculer.

Je sais, c’est une technique vieille comme le monde (environ 4,5 milliards d’années pour ceux que ça intéresse), poser une question et partir, pour que la personne interrogée se sente obligée de vous retenir. Mais là, je me trouvais tellement idiote, que tout ce que je voulais, c’était retourner voir Mathilde pour lui dire que son idée était stupide !

Et attends ! Peut-être que je peux t’aider, enfin ça dépend du problème bien sûr.

Mince ! La technique ancestrale avait fonctionné malgré moi, et en plus, il était modeste ! Alors, je lui ai tout dis, enfin presque, je lui ai épargné la blague du fou qui repeint… enfin, vous savez quoi.

Au début, il m’a écouté sans broncher. Mais au bout de deux minutes, il s’est mis à tripoter un stylo qu’il avait dans la poche de son polo. J’ai bien cru que je commençais à l’ennuyer avec mon histoire, alors en plein milieu de ma phrase j’ai dit :

… et le fou dit à l’autre : et elle s’appelle « Revient » ! Et ne l’appelle pas Robert ça pourrait la vexer !

Hein ? C’est quoi le rapport ? m’a dit Jérémie.

Re-Mince, il écoutait vraiment ce que je lui disais.

Euh… Rien, c’est que… j’avais l’impression que ton stylo t’intéressait plus que mon histoire.

Un grand sourire façon Joconde (énigmatique si vous préférez) s’est épanoui sur son visage :

Ah, ça… bon, je crois que j’en sais assez, mon stylo et moi, on va réfléchir à ton problème, à plus !

Et il m’a laissé en plan comme une vieille tomate pourrie.

***

Et c’est tout ? m’a interrogé Mathilde quand je suis allée la retrouver. Il t’a dit « à plus » et il est parti ! Comme ça ! Mais pour qui il se prend le Geek ! Et d’abord, qui dit encore « à plus » à notre époque ? Elle était furax.

Les mêmes personnes qui mettent des stylos dans la poche de leur polo je suppose, lui ai-je répondu un brin rêveuse.

À la suite de cette révélation capitale, qui eut lieu à neuf heures zéro zéro, nous allâmes au premier cours de la journée. (Un peu de passé simple, à consommer avec modération !)

***

Comme tous les jours, à mon douzième gargouillis, midi plus ou moins une minute d’après mon estomac, on s’est retrouvée à la cafet’ du collège. On s’est assise à une table de quatre, Mathilde, deux autres copines et moi (2+2=4, je précise, même si vous êtes forts en maths).

La cafet’, c’est un peu comme en cours, mais au lieu de se remplir la tête, on se remplit le ventre, et au lieu de discuter à voix basse, on peut crier sans déranger personne, vu que tout le monde parle bruyamment.

Mathilde ne s’est pas fait prier pour raconter mes mésaventures de la matinée :

Non mais sérieux ! Il doit avoir un problème ce gars, déjà beau qu’une fille comme Lola lui adresse la parole ! Et lui, il s’échappe, tranquille dans son p’tit polo…

A poche, ai-je ajouté, très important la poche, pour mettre son p’tit stylo.

Non mais ils sont malades ces Geeks !  a dit Sarah en vrillant son index sur sa tempe.

Tu vois, je l’avais dit, être Geek c’est une maladie. J’espère qu’il m’a pas contaminée ?

On va faire le test, a proposé Amélie avec un sourire en coin. Ferme les yeux !

Je l’ai entendu trifouiller dans son sac à dos, et j’ai senti qu’elle me mettait quelque chose sous le nez.

Alors ? c’est quoi ça ? C’est quoi ? Cherche mon geek… cherche…

Ok, je crois que j’avais compris son idée. Je me suis mise à renifler comme un chien qui a senti une saucisse et j’ai tiré la langue en haletant comme… euh… un chien qui a senti une saucisse (ce n’est pas évident de trouver une nouvelle image à chaque fois, j’aimerais vous y voir !). Et j’ai débité à toute vitesse :

C’est un… aiePhone, dorée, j’ai reniflé encore un coup, non… rose ! Doté de 3 micros 4 haut-parleurs, le WIFI, le Bluetooth, une antenne satellite, un ouvre boîte et … une coque en feuille de banane bio !

Malédiction ! s’est exclamée Amélie, le virus a gagné les zones les plus reculées de son cerveau.

Une seule solution : l’éradication ! a crié Sarah qui prenait le relai.

Et elle a fait mine de me tirer dessus avec son index pointé en direction de mon front : Pout ! (Elle avait mis un silencieux au bout de son doigt, sinon ça aurait fait : Pan, bien sûr !)

J’ai porté la main à ma tête, après qu’elle soit passée rapidement par mon assiette récupérer un peu de ketchup ; car c’était steak en carton frites en bois au menu.

Argghhh, je suis mortellement touchée !

Je sentais le ketchup dégouliner entre mes yeux, ça devait être du plus bel effet !

Mathilde, je te lègue mon dessert, mange-le en souvenir de moi… et pas le contraire je t’en suppliiiiie… !

Et je me suis effondrée sur la table ! Mes trois copines ont éclaté de rire.

***

Je faisais toujours la morte à côté de mon assiette, lorsque du coin de l’œil j’ai aperçu une paire de baskets entrée dans mon champ de vision. Simultanément, les rires ont cessé, et j’ai entendu Mathilde faire un « hum, hum ». Alors, j’ai lentement relevé la tête. J’ai vu apparaître le bas d’un tee-shirt, j’ai continué ma remontée, et mon regard a croisé, oh misère, une poche, puis, oh surprise, un col, et juste au-dessus…

Oh ! Salut Jérémie ! Ça va depuis tout à l’heure ?

Je prononçais cette dernière phrase en grimaçant comme si j’avais les lèvres gercées.

Il avait son drôle de sourire à la bouche et les joues légèrement teintées de rose. Il m’a dit dans un souffle :

Rendez-vous à 13h au Club d’Informatique

Et il a continué son chemin jusqu’à une table au fond de la cafet’.

Les filles m’ont regardée, interloquées (voir dictionnaire non fourni pour la définition), j’avais subitement trop chaud.

Il est craquant ! a soupiré Mathilde, comme si elle avait oublié tout ce qu’on venait de dire.

Tu vas vraiment aller là-bas ? Chez les Geeks ? m’a demandée Sarah avec un léger tremblement dans la voix.

Je ne sais pas si c’est à cause de cette question en forme d’avertissement, mais un frisson m’a parcouru l’échine, et comme vous le dira tout bon météorologue, la rencontre d’une masse d’air chaud et d’une masse d’air froid provoque souvent des phénomènes orageux. Résultat, j’ai éternué le ketchup qui avait coulait jusqu’à mon nez, et une fine pluie de sauce tomate est venue parsemer le doux visage d’Amélie de taches de rousseur… rouges !

Chapitre 1 – La boite

Ce jour-là, lorsque je suis rentrée du collège, mes parents avaient l’air vraiment excités.

Viens par ici, Lola ! a dit ma mère en me voyant passer le pas de la porte.

Je me suis approchée avec méfiance. Elle et mon père étaient debout, devant la table du salon, ils regardaient une grosse boîte en carton, un grand sourire aux lèvres, le genre de sourire qu’ils ont lorsqu’ils feuillettent les albums photos de mes années couches-culottes. J’ai alors pris ma grosse voix de femme des cavernes pour demander :

Qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ? Un petit frère ou une petite sœur ?

Ne dis pas de bêtise ! a répondu mon père qui commençait à ouvrir la boîte.

Ou alors c’est une niche ! C’est ça ? Vous avez décidé de m’acheter un chiot ?

Ma mère a pris son air mystérieux et a plongé ses mains dans la boîte, bientôt rejointes par celles de mon père.

Lola, nous te présentons… ta nouvelle nounou !

Et ils ont sorti un gros suppositoire de la boîte en carton.

***

Je les ai regardés lentement, à tour de rôle, avant de détailler l’objet qu’ils brandissaient fièrement dans leurs mains. De toute évidence, il y avait certaines personnes qui avaient perdu la boule ici, et j’espérais vraiment ne pas en faire partie !

Ce truc en forme de suppositoire c’est…

C’est un « surveillant familial connecté 2.0 », m’a coupé mon père dont le sourire semblait vouloir chatouiller les oreilles. Doté de 3 micros, 4 haut-parleurs, le wifi, le Bluetooth, le …

Je l’ai vite interrompu avant qu’il ne se transforme en vendeur d’électroménager :

Ok ok ! Mais c’est quoi le rapport avec une nounou ?

Cette fois-ci, c’est ma mère qui a pris la parole, laissant mon père continuer son descriptif pour lui-même « 5 ports USB, 32 giga de mémoire, 2 webcams… » :

Ecoute Lola, nous savons que tu aimerais bien rester seule à la maison le soir, mais ton père et moi pensons que 11 ans c’est encore un peu trop jeune. Alors comme tu ne veux pas de nounou, nous avons acheté ce « suppositoire » comme tu dis, connecté. Lorsque nous sortirons, il veillera sur toi pour te rassurer.

Je ne sais pas vous, mais moi, je dois constamment remettre les phrases de mes parents dans le bon ordre, pour leurs faire avouer ce qu’ils pensent vraiment.

Si je comprends bien, ai je dis en prenant mon temps, cet objet en forme d’obus, et là j’ai appuyé sur l’accélérateur, est un super espion qui va me surveiller en votre absence !

Ma mère a semblé à son tour vouloir réordonner mes mots, pour faire passer le suppositoire. Mon père a alors profité de ce temps mort, pour revenir dans la conversation :

C’est exactement ça mon poussin ! Grâce à cet assistant familiale 2.0, nous connaîtrons tes faits et gestes où que nous soyons. Tu ne pourras plus tirer la chasse sans que nous recevions une alerte, gloussa-t-il. Génial non ?

Euh non, pas vraiment ! Déjà se faire appeler « mon poussin » me hérisse les plumes, mais en plus, savoir que j’allais avoir une laisse invisible chaque fois que mes parents iraient faire la fiesta, ça c’était le bouquet qui faisait déborder le vase !

Un flot de paroles, dont certaines que j’aurais pu regretter, était en train d’affluer dans ma bouche, quand, du coin de l’œil, j’ai vu ma mère pousser un grand soupir. Son gentil mari, mon gentil père, venait de démolir sa tentative de me convaincre des bienfaits de ce gros cornichon métallique. Emue par la détresse que je sentais poindre sur sa figure, je ravalais ma rage naissante, et laissais mon estomac digérer ma colère. Puis, après avoir vérifié que mon cerveau avait bien repris le contrôle de ma langue, j’ai dit avec la voix d’un vieux sage :

Qu’il en soit ainsi ! Je m’en remets à votre décision bienveillante.

Et, dans un grand geste magnanime en direction de la chose connectée, je prononçais ces mots :

Soit le bienvenu, Oh suppositoire 2.0 ! Désormais tu compteras chacune de mes crottes, et détectera chacun de mes pets !

Ma mère a failli s’étrangler de surprise.

Hum…, a conclu mon père en réajustant ses lunettes, je suppose que cette déclaration vaut pour acceptation ?

***

Après cela, il a fallu brancher le surveillant 2.0. Mon père a pris les choses en main, sorti le manuel, étalé les câbles, brancher une prise ici, une autre là, raccordé le machin au bidule, et m’a annoncé avec une pointe de fierté dans la voix :

Tu peux l’allumer, à toi l’honneur !

D’accord, mais où est le bouton ?

Comment ? a réagi mon père, le bouton… et bien il est euh…, il a tourné légèrement autour de l’assistant, pas là…, il a soulevé moins légèrement l’assistant, pas ici non plus…, il a retourné franchement l’assistant, bon sang mais il est où ce satané bouton ?!!

Ma mère, rompue à ce genre de situation, a pris le manuel et commencé à le feuilleter :

Restons calme, c’est un appareil ultra moderne, peut-être n’a-t-il pas de bouton de démarrage, il suffit de lire la notice…

Ou peut-être de le frotter comme la lampe d’Aladin ? ai-je ajouté en frictionnant l’assistant.

Non, non ! a hurlé mon père. Fais attention ! C’est un appareil ultrasensible !

Oh, il ne va pas se mettre à pleurer le p’tit bibendum 2.0 quand même ! j’ai continué, narquoise.

J’ai trouvé ! a dit ma mère en levant sa main pour arrêter la joute verbale qui n’allait pas tarder à dégénérer. En fait il est déjà allumé, il attend juste que l’on prononce la phrase d’activation.

Ah ? Et quelle est la phrase ? a demandé mon père qui commençait à s’impatienter.

Eh bien celle que l’on veut, il suffit de poser la main sur l’assistant et de dire une phrase commençant par OK.

Je remplissais déjà la première condition, j’avais la main sur le bidule alors, prenant mon père de vitesse, j’ai crié :

OK GOGOL !

GOGOL OK ! a répondu l’assistant.

***

Mon père est intelligent, c’est un fait établi par lui-même ! Et le fait que je sois moi-même intelligente (ça c’est moi qui le dis), plaide en sa faveur. Mais sur ce coup-là, ça n’a pas suffi. Il a été incapable de changer la phrase d’activation. Il a pourtant posé sa main sur l’appareil en criant « OK ALBERT » : il est fan d’Albert Einstein, « OK Angelina » : il aime bien Angelina Jolie (mais ne le dites pas à ma mère), la chose a répondu à ses injonctions, par un bourdonnement poli.

Non mais, pour qui il se prend ? s’est emporté mon père, prenant ma mère et sa fille (moi par conséquent si vous suivez bien) pour témoin. Vous entendez comme il me parle cet objet méprisant ?

Ben justement non, a répondu naïvement ma mère, je n’ai rien entendu, et toi ?

Moi non plus, rien de rien ! Peut-être que papa entend des voix dans sa tête ? C’est une maladie mentale qui porte un nom je crois, euh…

Non mais vous allez arrêter de vous moquer de moi ? (Bon, en fait il a dit un autre mot que je ne peux pas écrire)

Là, il a commencé à s’exciter, à secouer le bidule, et lui filer des baffes en hurlant :

Non mais tu vas me répondre espèce de gogol !

OK GOGOL ! a répondu l’espèce de gogol 2.0.

De surprise et de dépits, mon père a baissé les bras.

Ok, tu as gagné la première manche, mais le match n’est pas terminé.

Je suis sûre qu’entre têtus ils vont finir par se comprendre, m’a chuchoté ma mère.

Et on s’est éloignée sans faire de bruit, pour laisser mon père aux prises avec son adversaire 2.0.

***

Deux heures après, on a entendu un rire provenant du salon. On s’est précipité avec ma mère. « Ça y est ! » j’ai pensé, « mon père est devenu fou, le concombre métallique a dû lui griller le cerveau avec son WIFI et tout son attirail ».

Tu vas bien ? s’est enquit ma mère, tu es sûr que…

Mon père était hilare :

Oui oui, c’est juste que GOGOL vient de me raconter une bonne blague.

Je crois que j’ai dû faire des yeux de lémurien parce qu’il a ajouté :

Non mais tu en fait une de ces têtes Lola ! Regarde, j’ai parfaitement paramétré GOGOL, maintenant il m’obéit au doigt et à l’œil !

Et il a agité son index, comme si c’était une baguette magique.

OK GOGOL, raconte leur la blague !

Euh, c’est toi qui me fais une blague là papa, non ?

Mais non, écoute, a murmuré mon père.

Et avant que j’aie le temps de soupirer, GOGOL a commencé à parler de sa voix d’aubergine métallique :

C’est l’histoire d’un fou qui repeint son plafond. Un autre fou passe par là et lui dit : « Accroche toi au pinceau, j’enlève l’échelle ! ».

Un frisson m’a parcouru l’échine, j’ai regardé ma mère en quête d’un soutien psychologique, elle a haussé les sourcilles, et ça m’a un peu rassuré. De toutes les blagues nulles, celle-là était la plus nulle du système solaire, de la galaxie, de l’univers, et du reste.

Attend la chute, a pouffé mon père en voyant ma mine déconfite.

Hein ? C’est pas fini ?

Chut, il ménage son effet…

Bon sang, mais qu’est-ce que ce qu’on peut rajouter après un bide pareil ? Eh bien ça :

Alors le premier fou répond au second : ok je tiens bien le manche, tu peux la prendre, mais elle s’appelle « Revient » ! Et ne l’appelle pas Robert elle risquerait de se vexer.

Je ne sais pas vous, mais moi, les plus grands moments de gêne que j’ai vécu, je crois que je les dois à mes parents. Et mon père, en riant aux éclats pour la deuxième fois à la même blague nulle, venait d’en compléter la liste.

Bien ! a dit ma mère, et à part ça ? Qu’est-ce qu’il fait ce « coûteux » objet ?

Mon père a cessé de rire et s’est raclé la gorge. Quand ma mère insinuait qu’on avait jeté de l’argent par la fenêtre, il fallait réagir, et vite ! Il a alors commencé à débiter une série d’ordres à toute vitesse.

OK GOGOL, allume la lumière !

Et la lumière fut !

OK GOGOL, verrouille la porte !

Et le bruit sourd du verrou a raisonné depuis l’entrée

OK GOGOL, combien de personnes sont dans l’appartement ?

Je dénombre trois personnes ! a répondu GOGOL

OK GOGOL, fait ton rapport par téléphone !

Et trois secondes plus tard le portable de mon père s’est mis à sonner. Il a alors décroché, mis le haut-parleur et nous avons reconnu la voix de GOGOL qui disait :

Lumière allumée, porte verrouillée, trois personnes détectées.

Mon père a raccroché son téléphone et le nez bien haut, torse bombé, il a prononcé un seul mot :

Alors ?

Ma mère a dégainé sa langue la première :

Alors… c’est très impressionnant ! Vraiment, très impressionnant ! Mais comment ça fonctionne ?

Je suis restée silencieuse. Il fallait que j’en apprenne plus sur le fonctionnement de cet engin, parce que même si j’avais fait mine d’accepter sa présence (voir le début de l’histoire pour ceux qui ont des mites dans le cerveau), j’aurais peut-être un jour besoin de savoir déjouer sa surveillance !

Mon père a réajusté ses lunettes :

Eh bien, j’ai dû d’abord le familiariser à la reconnaissance de ma voix en lui parlant lentement, puis de plus en plus vite. Ensuite, j’ai installé tout un tas de capteurs dans la maison. J’ai remplacé les interrupteurs des lumières par ceux fournis dans la boîte, et monté le nouveau verrou automatique sur la porte d’entrée. Pour finir, j’ai téléchargé l’application qui me permet de tout contrôler à distance où que l’on soit.

Woua ! s’est exclamé ma mère,C’est impressionnant, vraiment très impressionnant, je veux dire, tout ce que tu as fait en à peine deux heures !

Parfois, sans que je m’y attende, mes parents font des trucs incroyables ! Et là mon père dans son style, venait de faire quelque chose d’incroyable, il avait transformé ce bout de métal en véritable surveillant du futur. Le seul petit problème, c’est que c’est moi, que ce bidule suréquipé allait surveiller !

La poule qui ne savait pas voler (3 min 12 s)

Par une chaude matinée d’été, un canard et une poule devisaient tranquillement sous un arbre de la basse-cour.

Il fait tellement chaud dit le canard, quel bonheur se serait d’aller à la ville, manger une glace

Ce serait formidable en effet, si seulement je savais voler répondit la poule rêveusement.

Pas la peine, rétorqua le canard, il suffit que je te prenne sur mon dos !

Ni une, ni deux, la poule grimpa sur le dos du canard et s’accrocha fermement à son cou.

Celui-ci se mit alors à courir avec son fardeau sur l’échine, bousculant les cochons, effrayant le paon, le drôle d’équipage traversa la cour de la ferme en direction du champ.

Le canard courrait de plus en plus vite, déployant alors ces ailes, qu’il se mit à battre de plus en plus fort, les deux amis finir par décoller dans un tourbillon de poussière. On n’avait jamais vue un tel envol dans la bassecour.

En quelque instant, ils se retrouvèrent au-dessus des nuages. La poule qui jusque-là avait fermé les yeux, découvrit le monde qui défilait en dessous. Comme la ferme semblait minuscule vue d’ici !

Bientôt ils ne la vire même plus, et devant eux apparut…la ville. Le canard repéra dans un grand parc une clairière, sur laquelle il entreprit de se poser. Mais le poids de la poule le fit dévier de sa trajectoire, et les deux compères finir en roulé boulet au milieu de la pelouse.

Une fois remis de leur émotion ils découvrirent, que le parc dans lequel ils venaient d’atterrit leur promettait bien des plaisirs.

Il y avait des barques, naviguant nonchalamment sur une petite rivière, des manèges qui emportaient les enfants dans une folle farandole, des fleurs offrant leurs couleurs et leur senteur aux promeneurs, et au loin, ils devinèrent une cabane, ou à n’en pas douter ils trouveraient leur bonheur, car dresser sur son toit on pouvait distinguer… un immense cornet de glace !

Les deux comparses, passèrent l’après-midi à gambader dans le parc, s’amusant et riant sur la rivière, les manèges et avec les enfants et, plusieurs fois dans la journée leur chemin passa près de l’échoppe du vendeur de douceur ou ils mangèrent avec gourmandise une, deux, puis trois et quatre cornets de glace.

Le soleil déclinait déjà, drapant la végétation de couleurs orangés, quand le canard dit à la poule :

Je pense que nous devrions rentrer à la ferme, car le vol de nuit n’est pas ma spécialité.

D’accord dit la poule en grimpant sur son dos, en avant !

Mais le canard eu beau courir et battre des ailes comme le matin, rien n’y fit, il ne put jamais décoller plus d’une patte du sol.

Misère ! s’exclama-t-il, nous sommes trop lourds, nous avons mangé trop de glace !

Qu’allons-nous faire ? commença à se lamenter la poule.

Toi tu pourras toujours rentrer, mais moi, qui ne sait même pas voler ! Elle se mit à pleurer à chaude larme.

Le canard réfléchis… Il tendit alors son aile droite, et y arracha la plus longue de ses plumes en poussant un petit cri.

Il recommença l’opération avec son aile gauche, tendit à la poule les deux plumes et lui dit :

Tiens-les fermement et bat des ailes le plus vite possible.

La poule, incrédule, arrêta de pleurer et s’exécuta sans trop y croire. Elle se mit à courir, courir et battre des ailes, aussi fort qu’elle le pouvait. Le canard l’encourageait à gosier déployé :

Va s’y ma poule !

Tant est si bien qu’elle finit par s’envoler !

Le palmipède pris lui aussi son envole, et la rejoignis bien vite dans le soleil couchant.

La lune avait déjà fait son apparition lorsqu’ils aperçurent la ferme, au loin. Dans la basse-cour, le paon qui aimait à déplier sa queue à la tombé du soir, pour se faire admirer sous les rayons de lune, se promenait ; lorsque soudain il entendit crier :

Poussez vouuuuuuus, j’arriiiiiiive !

Il leva la tête, et vis alors la poule qui fonçait toutes plumes dehors dans sa direction. Le choc fit valdinguer les 2 oiseaux.

désolé fit la poule, quand elle se releva, c’était mon 1er atterrissage.

Je comprends fit le paon un peu sonné, mais se pavaner ou voler, il faut choisir, et moi, j’ai choisi, dit-il en tournant le dos.

Sur ces mots, il partit fièrement le plumage en bataille.

Le canard se posa à son tour, et rejoignis son amie. Tous deux parlèrent encore longtemps de leur journée si particulière, avant de s’endormir, et se promirent de recommencer. Maintenant, ils n’auraient plus de frontière, car la poule savait voler.

Le cœur en or (4 min 39 s)

Il était une fois une jeune fille, qui vivait dans une maison sale et délabrée, à l’orée d’un bois.

Tous les jours elle devait endurer les reproches de sa mère, qui lui demandait d’accomplir les tâches les plus ingrates, afin de subvenir à leurs besoins.

Une nuit, épuisée après une journée de dur labeur, elle fit le vœu que quelqu’un leur vienne en aide afin que sa mère, soulagée du fardeau de la pauvreté, devienne aimante et attentionnée.

Le lendemain matin, on frappa à la porte. La jeune fille s’empressa d’aller ouvrir, et se retrouva nez à nez avec une petite dame qui se présenta comme une fée des bois.

Celle-ci lui tendit un pendentif en forme de cœur et lui dit :

Mon enfant, voici un cœur en or, tant que tu seras bonne et généreuse, il comblera tous tes désirs.

Puis la petite dame disparus dans la forêt. La jeune fille, folle de joie, couru raconter à sa mère sa rencontre avec la fée.

Maman, maman ! Tous nos ennuies sont terminés ! Dit-elle en lui montrant le cœur en or.

Mais, plutôt que de prendre sa fille dans ses bras, la mère lui arracha le précieux bijou qu’elle passa autour de son cou, alla fermer tous les volets de la maison et boucla la porte d’entrée à double tour.

Puis, à l’abri des regards, les yeux remplis de convoitise, elle dit :

cœur en or, donne-moi un collier de diamant…

Un collier de mille diamants apparu alors, projetant sur les murs mille couleurs.

La femme abasourdie par ce prodige demanda :

Cœur en or, habille-moi comme une reine.

A peine eu t’elle finit de prononcer ces mots, que ses guenilles se transformaient en la plus belle robe de soie qu’on ait jamais vue, cousue de fil d’or et brodé de pierre précieuse.

Cœur en or, continua t’elle excitée, change ma maison en palais !

Alors, les murs lézardés se couvrirent de marbre étincelant, les meubles usés se changèrent en chaise table et armoire de bois rares, et la où quelque instant plus tôt il n’y avait que terre et poussière, des tapis finement ornés vinrent remplacer le sol.

Cœur en or, donne-moi à manger tonna la femme, et la table de la salle à manger fut couverte de plat croulant de victuaille.

La femme se jeta sur la nourriture et se mis à dévorer tous ce qu’elle pouvait. Sa fille, qui regardait la scène un peu effrayée, s’avança timidement vers la table et voulu prendre un grain de raisin qui pendait d’un immense plateau recouvert de fruit.

La mère, la bouche débordant de nourriture, lui sauta dessus en criant :

Ne touche pas à ce raisin, il est à moi !

Puis elle la repoussa sans égard, et continua à se remplir de tous ce qui était à sa portée.

Tout en se gavant, elle ordonnait au cœur en or :

Je veux un diadème, j’exige des souliers de satin, donne-moi des couverts d’argent, des vases de porcelaine, un lustre en cristal…

Ces souhaits ne semblaient devoir jamais s’arrêté, et sa fille, dont elle avait oublié l’existence, sanglotait dans un coin, pensant que sa mère était devenue folle.

Au bout d’une heure, quand la maison fut remplie des objets les plus chers, les plus précieux, et les plus rares qu’on eut pu désirer, la femme s’arrêta, et regarda autour d’elle, se demandant ce qu’elle pourrait bien encore vouloir.

Tout à sa réflexion, elle ne se rendit pas compte que la couleur du cœur en or était en train de pâlir, et, quand elle se baissa vers le pendentif, pour exiger une bague en rubis et un bracelet de nacre, elle constata que le cœur ne brillait plus. Il était devenu gris.

Elle renouvela son souhait en approchant le bijou, qui semblait désormais de plomb, de sa bouche :

Donne-moi une bague de rubis et un bracelet de nacre !

Mais rien n’apparut. Elle se mit alors à hurler :

Ma bague de Rubie et mon bracelet de nacre !

Mais les bijoux n’apparaissaient toujours pas. Pire, tous les objets qui encombraient la pièce semblait maintenant s’assombrir, perdant peu à peu de leurs couleurs chatoyantes, les tapis, les murs, les parures ternissaient à vue d’œil. La femme qui n’en croyait pas ses yeux se précipitait sur chacun de ses trésors pour constater, terrorisée, que l’un après l’autre, ils se transformaient en métal gris ! En seulement quelques minutes la maison ne fut plus remplie que de plomb. Folle de colère, elle arracha le pendentif de son cou, et le jeta sur sa fille :

Tout ça c’est de ta faute ! s’égosilla t’elle, je te chasse, ne revient plus jamais !

La jeune fille en pleures ramassa le collier, rassembla ses affaires, et quitta sa maison avec pour seul nourriture un quignon de pain, qu’elle récupéra dans la cuisine. Ne sachant où aller, elle prit le chemin s’enfonçant dans la forêt, espérant peut-être que la fée des bois viendrait à son secours.

***

Elle marchait depuis longtemps déjà, quand un homme vêtu modestement comme elle, vint à sa rencontre.

Belle jeune fille, dit-il, je suis pauvre, et voilà plusieurs jours que je n’ai pas mangés. Aurais-tu quelque nourriture à me donner ?

La jeune fille, d’abord un peu effrayé, fut rassurée lorsqu’elle détailla les traits de cet homme, qui sous sa crase laissaient deviner un visage jeune et plein de bonté. Elle lui donna donc son pain et lui dit :

Prenez donc mon pain, j’ai mangé hier, et je peux bien attendre demain.

Le visage du jeune homme s’éclaira alors d’un sourire, révélant des dents dont la blancheur tranchait singulièrement avec son accoutrement.

En plus d’être belle, tu es donc généreuse !

Tous en prononçant ces paroles, il se défit de son manteau, révélant sous les oripeaux, des habits du plus bel apparat.

Les jeunes filles que je rencontrais jusque alors, n’étaient attirait que par l’argent, dit-il. C’est pourquoi je décidais de parcourir mon royaume, vêtu pauvrement, afin de trouver une personne, parait des plus belles vertus, qui voudrait bien être ma femme.

La jeune fille, découvrant le vrai visage du prince, en tomba instantanément amoureuse, et celui-ci, victime du même enchantement, ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras, pour l’embrasser.

Au même moment, on entendit non loin de là, cachée dans les feuillages une petite fée prononcer une formule magique, et le pendentif, que la jeune fille portait autour du coup, se mis à briller de la couleur du soleil.

Depuis ce jour, la jeune fille devenue princesse, fait profiter tous les gens de son royaume, des bontés de son « cœur en or ».

Le bouc aux cornes d’or (4 min 48 s)

Ce soir, à l’auberge du village, la discussion est animée :

Je vous jure que je l’ai vue ! Un dragon est descendu de la montagne, et a enlevé mon bouc ! dit un homme.

C’est une chauve-souris que la sorcière à transformer en dragon ! ajoute un autre, Il parait qu’elle sacrifie le plus vigoureux des boucs, les soirs de pleine lune, pour transformer les pierres en or !

Mon mari a disparu en les cherchant, assure une femme.

Le mien aussi ! pleure sa voisine.

Dans son coin, un berger réfléchi : « j’irai moi aussi récupérer les pierres d’or, mais je serais plus malin que ces deux-là ! ».

De retour chez lui, il retrouve sa femme toute joyeuse qui lui dit :

J’ai une merveilleuse nouvelle, assieds-toi pour que je te l’annonce…

Mais le berger l’interrompt :

J’ai une grande nouvelle moi aussi, nous allons être riche, je pars dès ce soir dans la montagne chercher l’or de la sorcière !

Et avant même que sa femme ne proteste, il est déjà sorti. Il passe d’abord dans son étable, récupérer une vieille peau de bouc qu’il gardait pour se faire un manteau l’hiver prochain. Il l’enfile, en prenant soin de bien fixer les cornes sur sa tête. Puis, il rejoint son troupeau qui dort dans la clarté de la pleine lune, et se mets à bondir et sautiller comme un bouc endiablé.

Peu de temps après, un bruit d’aile vient s’ajouter aux ronflements des moutons, puis une ombre immense recouvre le troupeau. Il est là, toutes griffes dehors ; le dragon plonge sur le berger déguisé en bouc, et l’emporte dans les airs.

Arrivé au sommet de la montagne, il lâche son fardeau au-dessus d’une rivière. « Aie… je n’ai rien prévu pour l’atterrissage » pense un peu tard le berger, avant de s’écraser dans le cours d’eau.

Heureusement, la rivière est assez profonde à cet endroit, et c’est seulement avec une grosse bosse entre ses deux cornes, qu’il refait surface.

De l’or ! s’exclame le berger en regagnant le bord, le fond de la rivière est couvert de pierre d’or !

Et Il remplit ses poches avec le précieux minerai.

Je suis riche, riche !

Tu es surtout un voleur ! tonne une voix derrière lui, et tu mérites une punition !

C’est la sorcière, qui ajoute en ricanant :

Puisque tu t’es déguisé en bouc pour me dérober mon or, et bien désormais, tu seras bouc, et tu le protégeras jusqu’à la fin de ton existence !

Elle lève alors son bâton biscornu au-dessus de sa tête, d’où un éclair jaillit, qui vient frapper le pauvre berger.

***

Quelques années plus tard à l’auberge du village, la discussion est animée :

Un bouc aux cornes d’or, je t’assure que je l’ai vue comme je te vois ! s’exclame un homme à son voisin.

C’est vrai ! dit un autre, moi aussi je l’ai vue, ce bouc existe, il garde le trésor de la sorcière, et malheur à celui qui ose s’en approcher.

Dans son coin un enfant réfléchi « je serais plus malin, ce n’est pas le trésor que j’irai chercher, mais les cornes du bouc, elles suffiront bien à nous faire vivre, maman et moi ».

Une fois rentré chez lui, sans rien dire à sa mère, il prend un couteau et s’en va vers la montagne. Il marche longtemps et, une fois arrivé à proximité du sommet, près de la rivière, il se met à crier :

Eh oh, le bouc, je viens voler le trésor de la sorcière !

Une silhouette apparaît au loin. L’enfant a juste le temps de sortir son couteau, que le bouc est déjà sur lui. Trop tard, il va l’encorner ! Mais non ! Il s’arrête et regarde l’enfant tremblant de peur. Alors l’incroyable se produit, le bouc verse une larme, et se met à parler.

Il lui raconte son histoire, lui explique que la sorcière l’a transformé en bouc.

Mais pourquoi tes cornes sont-elles en or ? demande l’enfant.

Elles sont seulement dorées, à force de boire l’eau de la rivière ?

Et pourquoi tu ne t’enfuis pas ?

J’ai essayé, mais le dragon me ramène toujours au pied de la montagne.

Et pourquoi pleures-tu ? dit enfin l’enfant,

Parce que… je suis ton père ! répond le bouc.

Lorsque je t’ai vue, je me suis vue, continue le bouc. J’ai compris que ma femme voulait m’annoncer qu’elle attendait un enfant, le soir ou je suis partie. Maintenant prend autant de pierres d’or que tu peux, et ne revient jamais ! sanglote le bouc.

Pas question, je vais t’aider à t’enfuir, lui dit l’enfant d’un air décidé.

Peut-être… réfléchit le bouc, qui reprend du poil de la bête, qu’il y a une solution. Revient demain soir à la pleine lune, avec une peau comme la mienne, je t’expliquerai comment vaincre la sorcière !

Le lendemain :

Je suis là, murmure l’enfant.

Moi aussi, dit à voix basse le bouc. Ce soir, la sorcière va venir pour cueillir des plantes qui ne pousse qu’à la pleine lune. Après la cueillette, elle va se reposer au pied d’un arbre. Une fois assoupi, tu la couvriras de la peau de bouc. Es-tu assez courageux pour faire ça ?

Oui ! répond l’enfant sans hésiter, mais après ?

Après, c’est à moi de jouer ! répond le bouc en lui faisant un clin d’œil.

Mais voilà déjà la sorcière qui arrive. Muni d’une serpe, elle coupe des herbes et les met dans un panier. Puis au bout d’un moment, elle s’arrête sous un arbre et s’y allonge.

Un peu de repos pour mes vieux os, ricane-t-elle avant de s’endormir.

« Brrr, Elle est vraiment effrayante » pense l’enfant en s’approchant sans faire de bruit. Puis, il dépose doucement la peau de bouc sur son corps endormi, et court se cacher.

Alors un bruit d’aile vient s’ajouter aux ronflements de la sorcière, puis une ombre immense vient recouvrir la clairière ; le dragon est là, toutes griffes dehors. « Il est à la poursuite de mon père !» s’affole l’enfant.

Le bouc court en direction de la sorcière, et au moment où le dragon va le saisir, il plonge se cacher derrière l’arbre. La bête, surprise d’avoir raté sa proie, avise alors la forme à la peau de bouc au pied de l’arbre, sans se poser plus de question, elle attrape alors la vieille femme et l’entraîne dans les airs.

Mais… que fais-tu maudit animal ! crie la sorcière en se réveillant.

Elle a beau se débattre, le dragon l’emporte au sommet de la montagne, et la jette sur les rochers.

Nul ne sait si la sorcière est morte, mais ses sortilèges ont pris fin cette nuit-là : Le dragon est redevenu chauve-souris, l’or est redevenu pierre, et le bouc est redevenu un homme, grâce au courage de son fils.

Ne bougez pas (4 min 57 s)

Papi, papi, racontes nous avant, quand tu étais jeune.

D’accord les enfants. Vous ai-je dis qu’en ce temps-là, j’étais le plus grand peintre du pays.

A cette époque, Il y avait un président et sa femme, des gens détestables qui volaient l’argent du peuple, et qui faisait régner la terreur ! Un jour un des soldats du président et venu me voir :

Je t’ordonne de me suivre, a-t ’il dit, notre président et notre présidente exigent que tu fasses leur portrait !

Pas question, ai-je répondu, je ne peins que ce qui est beau, et bon.

Dans ce cas, j’ai ordre de te mettre en prison !

Et voilà comment je me suis retrouvé dans une petite cellule, avec des rats pour seul compagnie.

Beurk des rats papi, c’est dégoûtant !

Pas tant que ça, je m’amusais même à peindre sur les murs, en trempant leurs queues dans la sauce tomate.

Et après papi ?

Chaque matin le soldat venait me voir pour me reposer la question, et chaque jour je répondais : « Non ! ».

Mais un jour le soldat me dit :

Par ordre du président, si tu refuses encore, demain ce sera la mort !

Ainsi donc je n’avais plus le choix.

Alors papi, tu as dit oui !

J’ai répondu : Par ordre de moi, si tu veux un peintre, prend ce rat, il suffira bien pour peindre deux scélérats !

Ou là papi, mais alors, ils t’ont tué !

Je ne crois pas, car quelque chose d’extraordinaire s’est produit ce soir-là.

Je regardai la lune à travers les barreaux de ma prison, en pensant que jamais plus je ne pourrais la peindre, quand quelque chose a semblé s’en détacher.

Une mété…roide, papi ?

Non pas une météorite, une petite lumière, qui est venue se poser sur la fenêtre.

Et une petite femme est apparue dans la lumière et m’a dit :

Je suis la fée lunatique, je viens pour te sauver, voici un pinceau magique, pour peindre le portrait.

Pinceau magique ou pas, je ne peindrai pas ces méchantes personnes ! ai-je répondu.

Bien dit papi, mais du coup tu es mort ?

Je ne crois toujours pas, car la fée a ajouté :

Ce pinceau fera de toi un héros, lorsque tu peindras leurs portraits, le président et la présidente seront paralysés.

Mais qu’est-ce que ça voulait dire ce truc papi ?

Eh bien la fée m’a expliqué qu’à mesure que je les peindrai, le président et la présidente seraient transformés en statue.

Mais il fallait faire très attention, sous aucun prétexte ils ne devraient bouger avant que le tableau ne soit achevé.

Oh, ça fait peur là papi, tu as pris le pinceau ?

Oui, car c’était une occasion unique de débarrasser le pays de ces vilains personnages.

Le lendemain, lorsque le soldat est venu me chercher pour mon exécution, j’ai dit que j’acceptais de peindre, il a alors ricané :

Ah ah, le grand peintre a changé d’avis, il a peur ! Il a peur !”

Ce qu’il est bête et méchant ce soldat papi !

Plus bête que méchant.

D’ailleurs, il m’a bêtement accompagné dans la salle du palais où m’attendaient le président et sa femme, qui eux étaient vraiment plus méchant que bête…

***

Continu papi, continu !

J’ai installé une grande toile, ma palette de couleurs, et j’ai sorti mon pinceau magique.

Qu’est-ce donc que cela ? a dit la présidente avec méfiance.

C’est un pinceau unique, que je réserve aux personnes hors du commun.

Bien, bien, a enchaîné le président, voilà qui nous convient, commence maintenant.

Avant, je dois vous avertir, il ne faut bouger sous aucun prétexte, sinon le portrait sera gâché, en êtes-vous capables ?”

Pour qui nous prend tu insolant ! Nous pouvons rester des jours sans bouger, sans boire, sans manger, sans … “

D’accord, d’accord, alors prenez la pose”.

J’ai commencé à peindre.

C’est curieux… a dit le président au bout d’un moment, je ne sens plus mes pieds.

Moi également, il faut que je change de position, s’est plainte la présidente.

Surtout ne bougez pas ! ai-je crié.

Quelques secondes après :

Mes jambes, j’ai des fourmis dans les jambes, il faut que je me gratte, c’est insupportable” a dit le président.

Aie, aie, aie papi, là, c’est foutu !

Non, car j’ai crié encore plus fort :

Ne bougez pas !

Et de surprises, ils n’ont plus dit un mot ni fait un geste. Mais peu de temps après la présidente s’est mis à gémir :

Mes bras, ils sont lourd comme de la pierre !

Moi aussi ! a dit le président, mais il faut tenir, pour que le tableau reflète notre grandeur et notre beauté.

Exactement ! ai-je acquiescé en pensant :

« C’est votre petitesse et votre laideur que je peins ». C’est à ce moment qu’une mouche est venue se poser sur le nez du président.

Misère ! Papi, il a bougé pas vrai ?

Le président a essayé de chasser la mouche avec son bras, mais comme je l’avais déjà peint, il n’a pas pu le bouger.

Qu’est ce qui se passe, mon bras refuse de m’obéir !

Comment ! a dit la présidente, qu’on le jette en prison !

Ne soyez pas sotte ! Il doit être engourdi, chassez cette mouche de mon nez.

Je ne peux pas bouger mon bras non plus, dit la présidente paniquée, que nous arrive-t-il ?

Et tous les deux se sont mis à appeler les gardes.

Papi, il faut vite t’enfuir ou ils vont te remettre en prison !

C’était trop tard les enfants, j’entendais les gardes accourir, alors j’ai peint aussi vite que j’ai pu leurs visages.

Les soldats sont entrés dans la salle du palais, l’un d’eux s’est avancé vers le président, et s’est mis au garde à vous. Au bout de cinq minutes, il s’est raclé la gorge et a demandé timidement :

Euh, monsieur le président, j’attends vos ordres.

Aucune réaction, alors il s’est approché, a posé sa main sur le bras du président et l’a retiré aussitôt.

Qu’est-ce que ça veut dire ? m’a-t-il demandé affolé.

Je ne sais pas… le président et la présidente semblent comme… pétrifiés, ai-je répondu.

Rapidement, la nouvelle s’est répandue dans toute la ville, puis tout le pays, que le président et la présidente s’étaient transformés en statues, et partout des cris de joies on retentit : « Libre ! Enfin libre ! ».

Ecoute papi, ton histoire est super, mais …

Mais vous ne me croyez pas c’est ça ? Alors attendez la fin de l’histoire.

La fée lunatique est revenue, en voyant les deux statues, elle s’est exclamée :

Encore plus moche en pierre qu’en chair, et en plus, j’entends leur râle sous leur carapace minérale.

Alors d’un geste, elle les a transformés en deux statues de colombes.

Maintenant, roucoulez autant que vous le voulez, a-t-elle ajouté, puis elle est repartie.

C’est ce couple de colombes, les enfants, que vous pouvez voir sur le rebord de la fenêtre juste là. Et si vous vous approchez sans faire de bruits, vous les entendrez, peut-être, appeler les gardes pour les libérer, mais il n’y a plus que les mouches pour les écouter.

La poule qui n’aimait pas arroser les fleurs (3 min 3 s)

C’était le printemps à la ferme, et comme tous les printemps, les poules organisaient le concourt du poulailler le plus joliment fleuris.

Et comme tous les printemps, poule rousse ne gagnerait surement pas, car elle n’aimait pas arroser les fleurs !

Mais ce matin-là, à peine réveillées, les poules découvrirent stupéfaites, que devant le poulailler de poule rousse, avaient poussé une multitude de fleurs, plus belles et colorés les unes que les autres.

Comment poule rousse, qui n’aimait pas arroser les fleurs, avait-elle fait, pour obtenir un pareil résultat, en une nuit seulement ? Mystère. Mais ses fleurs étaient tellement belles, qu’elles décidèrent de lui attribuer le prix du poulailler le plus joliment fleuris.

***

La fin du printemps approché, et peu à peu tous les jolis poulaillers voyait leur fleur se faner.

Tous ? Non ! Car les fleurs de poule rousse étaient toujours pimpantes, et n’avait pas perdu le moindre pétale.

Les autres poules étaient intriguées.

C’est bizarre dit l’une d’elle un matin, alors que Poule rousse était partie à la mare, je n’ai jamais vu de fleur si résistante ?

Si j’allais voir ça de plus près, dit une poule plus curieuse que les autres.

Et elle s’avança pour cueillir une des plus jolies fleurs. Elle tira sur la tige, mais rien ne vint. Elle tira encore, la tige ne plia même pas !

Mais ! S’écria-t-elle, cette tige est en bois ! Cette fleur est en bois ! Toutes les fleurs sont en bois !

Oh ! Clamèrent les gallinacés, elle a triché !

Rien ne précise dans le règlement du concourt, que les fleurs doivent être en fleurs, dit alors la plus âgées des poules, mais poule rousse mérite une bonne leçon, voilà ce que nous allons faire …

Et toutes se regroupèrent autour de leur amie, pour écouter son plan.

A la fin de la matinée, poule rousse revint de la mare. Elle rentra dans son poulailler, et alla s’installer sur son nid, qui contenait les 2 œufs qu’elle avait pondu la veille.

Aille ! fit-elle, Qu’arrive-t-il à mes œufs, ils sont durs, et froid !

Elle se releva et constata, hébétée, que ces œufs étaient en bois. Elle sortit alors en courant de son poulailler, et fut accueillie par ses voisines, qui riaient aux éclats, du bon tour qu’elle venait de lui jouait.

Ne t’en fait pas ! dit la plus vielle, tes œufs sont à l’abri chez moi, nous t’avons fait une blague.

Très drôle ! dit poule rousse. Je l’ai surement un peu mérité, ajouta-t-elle, un peu vexé.

Tout là-haut, sur la colline, un renard qui faisait sa sieste, fut réveillé par les éclats de rire qui montaient de la basse-cour. « Oh, Oh, voilà de bien jolies poulettes, qui semblent faire la fête », dit-il en se léchant les babines.

Il se leva, puis descendit sans faire de bruit vers le poulailler, en se cachant dans les hautes herbes. Arrivé près de la barrière de la ferme, il prit son élan, et bondi en plein milieu du joyeux attroupement.

Au secours ! Crièrent les poules affolées, il y a un renard dans la basse-cour ! Il va nous manger ! sauve qui peut !

Et toutes se mirent à courir dans tous les sens, se cognant les unes aux autres en essayant de se mettre à l’abri.

Toute ? Non ! Poule rousse restait là, sans bouger, au milieu de l’agitation de ses congénères.

Intrigué le renard lui demanda d’un ton malveillant :

Et toi, tu n’as pas peur ?

Pas, du, tout ! répondit-elle, et d’ailleurs, avant de me manger, je te propose de gouter mes œufs !

« Cette poule a surement perdu la boule », pensa le renard.

Voilà qui me fera un bon amuse-gueule, lui dit-il, et il saisit les œufs que lui tendait poule rousse, pour les croquer goulument.

AIE, AIE, OUILLE, MES DENTS ! Le renard poussa des cris de douleurs !

Toutes ses belles dents venaient de se briser. Les poules n’en croyaient pas leurs yeux, le renard était devenu aussi inoffensif qu’un poussin. Et, elles se mirent à danser, chanter et rire autour de lui.

Le renard accablé par la douleur et les moqueries, détala vers la colline, et plongea dans son terrier. Autant dire qu’on ne le revît pas de sitôt.

Dans la basse-cour, tout le monde félicita poule rousse pour son courage, et la vielle poule décida de lui attribuer le prix de l’animal le plus malin de la ferme.

La vache qui n’aimait pas les trains (3 min 13 s)

Dans un près, non loin d’une voie ferrer un troupeau de vache venait paitre toute la journée.

Chaque fois qu’un train arrivait, toutes les vaches se précipitaient vers la clôture pour le voir passer, et s’extasiaient sur sa vitesse, le bruit qu’il faisait, la poussière qu’il soulevait.

Toutes ? Non ! A chaque passage on pouvait voir une vache, le dos tourné au bolide d’acier.

C’était une vache qui n’aimait pas les trains.

« Comment peut-on aimer un engin qui empêche d’entendre le gazouillis des oiseaux, disait-elle, qui arrache les fleurs sur son passage, et qui salie nos belles robes blanche et noire ? Décidément vous êtes des vaches de peu de gout ! » lançait-elle à ses congénères, qui se pâmaient devant le monstre roulant.

Un jour, la vache décida que s’en était assez. Elle prit son élan, couru vers la clôture aussi vite qu’elle put, et bondis par-dessus. Elle atterrie de l’autre côté, non loin de la voie ferrer, sous le regard ahuri de ses amies. Alors, elle se mit droit entre les rails, les cornes pointées vers l’horizon d’où surgirait bientôt le prochain train.

Que fait tu dirent-elles ? Es-tu devenu folle, si le train arrive, il va te couper en deux !

Qu’il arrive répondit la vache, je l’attends, il va voir de quel bois je me chauffe.

Le troupeau commençait à s’affoler :

Il faut avertir le fermier ! cria une vache.

Et toutes se précipitèrent en direction de la ferme, espérant arriver avant que leur amie têtue ne finisse écrabouillée.

Toute en courant, elles virent apparaitre au loin, un nuage de fumé. Et peu de temps après, un bruit assourdissant emplis l’espace :

Le train arrive ! hurlèrent-elles.

Il est trop tard !

Et elles fermèrent les yeux pour ne pas voir l’horrible spectacle. Un bruit strident se fit alors entendre, et un immense voile de poussière sembla tombé du ciel puis…, plus rien.

Les vaches, les unes après les autres, ré-ouvrirent les yeux ; elles virent d’abord le train arrêter près de la clôture, et devant le train une paire de cornes, et au bout de ces cornes, leur amie récalcitrante. Elles n’en crurent pas leurs yeux.

Elle a arrêté le train ? murmura une vache.

Je crois plutôt que c’est le train qui s’est arrêté, répondis sa voisine.

Tu as eu de la chance, lança une troisième vache !

Quand on veut on peut ! Dit la vache qui n’aimait pas les trains.

***

D’abord, le conducteur descendit de sa motrice. Il n’était pas content.

Quoi ! Dit-il une vache qui m’oblige à arrêter mon train, as-tu perdu la tête, bête à corne ? Tu vas goutter de ma botte, et retourner bien vite dans ton champ !

Des passagers, agacés par le retard que prenait leur voyage, descendirent eux aussi des wagons. Ils n’avaient pas que ça à faire, attendre le bon vouloir d’une vache pour aller travailler ou pour rentrer chez eux.

Non loin d’ici, le fermier, alerté par tous ce raffut, compris qu’une de ses vaches était dans le pétrin. Il prit alors un panier, qu’il remplit des produits de sa ferme, et se précipita vers l’attroupement.

Mesdames, messieurs, dit-il en arrivant un peu essoufflé, gardons notre calme. Ma vache est un peu bornée, mais elle n’est pas méchante. Pour m’excuser des désagréments qu’elle vous a causé, gouter donc les fromages les jus de fruits et le bon pain de ma ferme.

Les Voyageurs et le conducteur du train acceptèrent de bon gré, la proposition du fermier, et trouvèrent tout à fait délicieux les mets qu’il leur avait apportés. Certains se dirent même, qu’après tout, ils étaient mieux ici, assis au bord de la vois ferrer à écouter le doux gazouillis des oiseaux, et à respirer le bon aire de la campagne.

Ils ne virent pas le temps passer, et c’est seulement une heure plus tard, après avoir fini tous les fromages et avoir bus tous les jus de fruits, que le train reprit sa marche.

Le fermier, qui était malin, se dit qu’il y avait là un bon moyen d’écouler ses produits, et il construisit non loin de la voie, un abri, ou depuis, chaque jour, le train fait une halte, et dépose des voyageurs, heureux de faire une pause gourmande, avant de rejoindre leur travail, ou leur domicile.

Et notre vache ? Et bien elle aime désormais les trains, car au lieu de filer à toute vitesse, ils arrivent lentement, pour s’arrêter devant l’étale de formage et de jus de fruit, d’où ils repartent, sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les voyageurs repus.

Max le pigeon qui n’avait pas le sens de l’orientation (9 min 37 s)

Ce jour-là à la ferme, l’éleveur entra dans le pigeonnier avec un air soucieux.

“Oh Oh” se dirent les volatiles, “il a la tête d’un oiseau de mauvaise augure”.

Me chers enfants à plumes, commença l’éleveur, vous savez que je vous adore. Je vous entraîne depuis des semaines pour que vous deveniez les meilleurs pigeons voyageurs. Mais hélas, je n’ai plus les moyens de tous vous nourrir. Il faut donc que je me sépare de l’un d’entre vous.

“Gloups” firent les pigeons en se regardant tous les uns les autres. L’éleveur continua :

Plutôt que de tirer à la courte plume, j’ai décidé d’organiser une course d’orientation jusqu’au village voisin, pour savoir qui de vous, ira chez le volailler.

Cette fois les pigeons se tournèrent tous vers Max.

Pourquoi me regardez-vous avec vos yeux de perdrix ? s’étonna max.

C’est que…, répondit un des oiseaux, c’est toi… qui va gagner.

Moi, gagner la course, mais je n’ai pas le sens de l’orientation, je ne saurais jamais aller jusqu’au village voisin sans me perdre, vous le savez bien !

Justement, enchaîna un autre, tu vas gagner, pas la course bien sûr, mais le droit d’aller chez le volailler ! mon pauvre max.

Ah ? Et c’est si terrible que ça ? demanda Max

Si tu aimes être farcis de légume et rôti à la broche, Non ! rigola son voisin.

Et tous les pigeons gloussèrent de concert. Max failli en tomber de son perchoir.

Mais, mais … je n’ai pas envie d’être cuit, et mangé !

Mais nous non plus ! piaillèrent en cœurs ses congénères, et grâce à toi nous savons que ça n’arrivera pas. Merci max, merci, merci…

Cessez donc ces roucoulades gronda l’éleveur. Dans 5 minutes je donnerais le départ.

Jules, le meilleur ami de Max lui murmura alors à l’oreille :

Ne t’en fait pas, tu n’auras qu’à me suivre pour ne pas te perdre.

L’Éleveur poursuivi :

Bien sûr, Vous partirez chacun à votre tour, pas question de voler à plusieurs.

C’est foutu ! larmoya Max.

Bon ce n’est pas grave, dit Jules à voix basse, une fois que tu auras décollé, tu vas te cacher dans un arbre, et une heure plus tard, tu rentres au pigeonnier en faisant semblant d’être essoufflé, comme si tu étais allé au village voisin !

Mais l’éleveur ajouta :

Pour être sûre que vous avez bien atteint votre destination sans tricher, un de mes amis du village vous fera une marque rouge. Gare à qui rentrera sans sa marque et gare à qui prendra le plus de temps, menaça l’éleveur. Il finira ses jours sur l’étal du volailler.

Brrr… J’en ai la chaire de poules, dit un pigeon à côté de Max, merci encore de te sacrifier pour nous.

Là, soupira Jules, je n’ai plus d’idée.

Cinq minutes plus tard, la cloche du départ retentit et le 1er pigeon quitta le bercail dans un nuage de graine et de poussière.

Il ne lui fallut pas plus de 15 minutes pour revenir avec sa marque rouge.

« Bravo Bravo » entonnèrent tous les pigeons.

Au suivant de ces messieurs tonna l’éleveur.

Et toute la matinée le ballet des pigeons se poursuivi. Tous revinrent, et tous avez leur marque rouge qu’ils arboraient fièrement au grand désespoir de Max.

Bien ! bien ! jubilait l’éleveur, voyons voir qui va nous quitter pour aller rendre sa 1ère et dernière visite au volailler. Et le pigeon le plus lent est… Roger !

Non Non, s’affola Roger, vous avez oublié Max ! Max n’est pas encore partis !

Hein quoi ? dit l’éleveur qui n’entendait que roucoulement et caquetage. Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est que vous essayez de me dire ?

Et les pigeons se tournèrent à nouveau vers Max, qui était resté tapis dans un coin, en espérant qu’on l’eût oublié.

Désolé mon vieux s’excusa Roger, mais je suis trop jeune pour mourir.

Mais je suis nait le même jour que toi protesta Max.

Cinq minutes avant moi rectifia Roger, alors : adieu mon vieux !

Ah ah ! s’exclama l’éleveur, une tire au flanc ! et il fit tinter la cloche. Remus ton croupion ! ordonna-t-il, ou il finira déplumé !

La sortie, où est la sortie ! hurla max affolé.

“Ouf, Je crois que je suis sauvé” pensa Roger, “il ne trouverai pas la statue de la liberté, même s’il était à ses pieds”.

Tu vas y arriver ! l’encouragea son ami Jules, j’en suis sûr ! Enfin… J’espère ajouta-t-il pour lui-même.

Max fini par trouver la sortie du pigeonnier, mais à peine dehors, il ne savait déjà plus où aller et se posa dans la cour de la ferme.

Par où c’est le village ? A droite à gauche, en haut en bas, je ne sais plus

Et il se mit à pleurer.

Laisse-moi abréger tes souffrances, murmura alors une voix à son oreille.

Max sursauta, le chat était à côté de lui.

Ne t’inquiète pas dit le félin, je ne vais pas te croquer, moi aussi je suis un animal domestique, je ne mange que dans ma gamelle.

Et le chat d’ajouter :

Pour aller au village voisin, le meilleur moyen c’est de suivre la route. En trottinant tu devrais y être rapidement.

Mais… je suis un oiseau dit Max, les oiseaux ne trottinent pas.

Le chemin passe par les bois et par un long tunnel, si tu ne veux pas perdre la route, il faut te servir de tes pattes lui conseilla le chat.

Les autres pigeons écoutaient la conversation du haut de leurs perchoirs

Tu ferais mieux d’aller directement chez le volailler Max, il est surement en train d’aiguiser son couteau en t’attendant.

Un lapin qui se promené dans la cour se mêla alors à la conversation :

A patte tu ne reviendras jamais à temps, assura-t-il, va s’y plutôt en voiture

En voiture ? interrogea max, mais je suis un pigeon, un pigeon ne conduit pas !

Tu n’auras pas à conduire mais à te faire conduire, il suffit d’arrêter une voiture et de monter dedans, mon grand-père m’a expliqué comment on s’y prend, ça s’appelle : faire de l’auto-stop. Tu te mets au milieu de la route et lorsqu’une voiture arrive, tu la regarde droit dans les yeux, sans bouger !

Euh, tu es vraiment sûre que ça fonctionne ? s’étonna Max

Bien sûr que je suis sûr ! D’ailleurs un matin, mon grand-père est parti faire du stop, et on ne l’a plus jamais revu depuis. A l’heure qu’il est, il doit être au bout du monde. Je me demande d’ailleurs pourquoi il n’a pas envoyé de carte postale ?

Surement parce qu’il est aplati un peu plus loin sur la route, ricana le Chat. C’est tout ce que tu gagneras à essayer d’arrêter une voiture Max

“Misère” pensa Max, finir embrocher, aplati ou trottiner jusqu’au village, je n’ai pas le choix, et il se mit à marcher sur le bord du chemin.

Le soleil était déjà haut et chaud. “Je commence déjà à rôtir”, se désespéra Max, inutile de continuer je n’y arriverai pas. Mieux vaut rentrer au pigeonnier l’éleveur aura peut-être pitié de moi ?

Tu as l’air bien ennuyé, le fit sursauter une voix derrière lui

Max se retourna et en se retrouva bec à museau avec un drôle de lapin aux grandes oreilles. De stupeur, il en oublia son langage.

Je suis un lièvre, dit l’animal amusé, un lapin sauvage si tu préfères.

Et toi ? Es-tu oiseau ? Ou es-tu rat ? Car depuis le temps que je t’observe, je ne t’ai pas encore vue voler.

Je suis un pigeon, dit max, qui d’indignation avait retrouvé l’usage de la parole.

Dans ce cas tu dois au moins avoir une aile cassé pour faire un si grand usage de tes pattes ?

Non, rougis Max, c’est mon sens de l’orientation qui est cassé, et il expliqua au lièvre sa situation en versant des torrents de larmes.

Tu pleures pour bien peu ! ironisa le drôle de lapin.

Juste pour ma vie que je risque de perdre ! grimaça Max, et il éclata de nouveau en sanglot.

Il était encore en train de sangloter, lorsqu’un vol de palmipède passa bruyamment au-dessus de leurs têtes.

Regarde ces canards, dit soudain le lièvre, crois-tu que ce soir, ils vont rejoindre leur « canardier » ?

La question surpris Max qui cessa de pleurer.

Mais… ça n’existe pas un « canardier »

Justement, ils ne peuvent donc pas y retourner. Et sais-tu où ils vont aller ?

Euh … non, dit Max, et qui pourrais le savoir, les canards vont où ils veulent, ils sont …libres.

Justement, toi aussi, tu peux être libre Max, il suffit juste que tu décides de l’être.

Dans la petite tête de pigeon de Max, des tas de questions commençaient à se bousculer, et c’est d’une voix mal assurée qu’il demanda :

Mais … je suis un animal domestique, comment faire pour me nourrir ?

Et bien tu mangeras des vers de terre comme tous les oiseaux.

Mais… c’est dégoûtant !

Pas si tu rajoutes un peu de sauce tomate.

Parce qu’on trouve de la sauce tomate dans la nature ?

Dans la nature non, dans une poubelle, oui !

Mais c’est encore plus dégoûtant !

Quoi manger un vers de terre ou fouiller une poubelle ?

Les deux voyons ! Et… pour dormir ?

Et bien tu te feras un nid ou tu nicheras dans un trou comme tous les oiseaux.

Et… pour échapper au renard ?

Tu t’envoleras comme tous les oiseaux. A ce que je sache, les renards ne savent pas voler ! Mise à part Super renard bien sûr ! fit le lièvre en faisant un clin d’œil.

Max était à court de questions, et de toute façon il sentait bien que ce drôle de lapin aurait toujours une réponse d’avance. Il leva la tête vers le vol de canard qui s’éloignait en direction de l’horizon.

Qu’est-ce que tu attends Max ? Pars les rejoindre, si toi tu ne sais pas où aller, eux le savent je te l’assure. L’incertitude de la liberté vaut mieux que la certitude de finir embroché, non ?

Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, une voiture apparut au bout de la route.

Je crois que ton maître est à ta recherche Max, il va falloir se décider ! fit le lièvre en tendant ses grandes oreilles.

Le cœur de Max se mit à battre fort dans sa poitrine :

Mais… je … qu’est-ce que je dois faire ?

Le lièvre projeta son museau en avant, ce qui lui fit comme un bec, et siffla de toutes ses forces en direction des canards. Le dernier palmipède de la formation tourna alors la tête et sembla lui faire un signe de l’aile.

Va s’y Max, ils t’attendent !

Le pigeon regarda une dernière fois la voiture qui remontait la route dans leurs directions, il prit une grande inspiration, l’air ne semblait plus avoir tout à fait le même goût, un mélange de peur et d’excitation lui hérissa le sommet du crâne, une légère brise lui gonfla son plumage. Le lièvre l’observait de ses gros yeux noirs où se reflété le monde, alors, il déploya ses ailes et pris son envol en direction de la liberté.

***

Ce jour-là à la ferme, l’éleveur entra dans le pigeonnier avec un air hébété.

“Quoi encore”, se dirent les volatiles, “un des nôtres va encore passer à la casserole ?”. Mais, déjouant les pronostics, l’homme sortit un rectangle en carton qu’il jeta au milieu des pigeons avant de se retourner, et de s’en aller le dos voûté tout en marmonnant :

Satané piaf ! Ce Max j’aurais dû m’en méfier, et pourquoi pas un email tant qu’on y est !!

Les oiseaux se regardèrent avec inquiétude :

Qu’est-ce qu’il a dit ?

Il a parlé de Max ?

Qu’est-ce qu’il y a sur le carton ?

Peut-être un faire-part du volailler ?

Jules, Max était ton ami c’est à toi de …

Jules s’approcha, alors que tous s’écartaient, comme effrayés par ce simple bout de carton.

Alors Jules ? Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Jules se pencha :

C’est une image … Il y a une sorte de … femme qui brandit … une sorte de flambeau je crois…

Mais c’est quoi le rapport avec Max ? dit un des pigeons, il y a quoi derrière ?

Jules retourna le carton qu’il détailla pendant de longues secondes. Puis il leva la tête, ces yeux semblaient avoir doublé de volume.

Alors Jules ? Alors ?

Jules se racla le gosier, puis, lentement, d’une voix monocorde dit :

Max …

Tous les pigeons étaient suspendus à son bec.

… nous passe le bonjour …

Hein ? quoi ? ils nous passent le bonjour ? dis un oiseau.

Chutttt ! dire les autres, continu Jules, continu !

Et Jules continua avec cette fois-ci un large sourire sur la figure :

… depuis New York !

Dans la cour, le chat et le lapin regardèrent intrigués en direction du pigeonnier qui retentissait d’un concert de roucoulement assourdissant. L’éleveur leva la tête et le poing en grommelant :

Satané volatiles !

Il fallut tout l’après-midi pour que les oiseaux retrouvent leurs calmes. A la nuit tombée, dans la douceur de ce soir de printemps, Roger vint se poser sur le perchoir de Jules :

Tu crois vraiment que Max est allé jusqu’à New York ? C’est peut-être le maître qui nous a fait une blague ?

Jules détourna son regard en direction de l’ouverture du pigeonnier ou la Lune brillait déjà, comme un phare dans la nuit :

Peut-être Roger, peut-être…

Puis il rentra sa tête dans son plumage et ferma les yeux. Avant de s’endormir, il repensa au dernier mot que Max lui avait écrit, ceux qu’il n’avait pas lu à voix haute, ceux qu’il avait gardé pour lui :

“Prend le prochain vol de canards, je t’attends au pied de la statue de la liberté”

Comment j’ai vaincu Vertigo (4 min 27 s)

Cet après-midi-là, j’étais en train de jouer au foot dans le jardin avec ma sœur, lorsque d’un coup de pied surpuissant, elle a envoyé mon ballon, suivi de sa basket dans le grand pin.

Ma basket ! a hurlé ma sœur, maman va me tuer !

Elle se contentera de te couper le pied ! J’ai répondu, au moins pas la peine de racheter une paire.

Ne te moque pas de moi ! va la chercher s’te plait, s’te plait s’te plait.

Bon ok” j’ai répondu en bombant le torse, je vais LE chercher !

LA chercher, on dit UNE basket

Oui mais on dit UN ballon, j’ai rétorqué, je vais chercher MON ballon et si en passant je croise TA basquette je te la ramènerais… peut être.

Ma sœur était furax, et moi plutôt content, sauf qu’en arrivant au pied du grand pin, je faisais moins le malin.

Est-ce que vous connaissez les séquoias géants d’Amérique ? Ceux sont parmi les plus grands arbres sur Terre. Et bien je crois que le grand pin du jardin doit avoir un grand-père séquoia, parce que ses plus hautes branches semblaient agripper les nuages. A côté je ressemblais à un minuscule nain de jardin.

Tu te dégonfles, comme ton vieux ballon, s’est moquée ma sœur à l’autre bout du jardin.

Là, il allait falloir que j’y aille, alors je me suis avancé et j’ai grimpé sur la 1ère branche. “Fastoche” j’ai pensé, c’est comme de monter à une échelle, et j’ai mis mon pied sur la 2eme branche, puis sur les suivantes.

En 2 minutes j’étais tout en haut. Il n’y avait pas de nuage, mais mon ballon et la basket. J’ai secoué la branche pour faire tomber le ballon et j’ai caché la basket sous mon tee-shirt. Alors j’ai entendu ma sœur crier :

Dépêche-toi ! Ou je vais attraper un rhume du pied, j’ai déjà envie d’éternuer des orteils.

Je me suis retourné pour lui répondre, et là, je l’ai vu.

Tapis dans le buisson au pied du pin, un petit animal aux gros yeux me regardait.

Tout petit qu’il soit il n’en était pas moins inquiétant. Peut-être son absence de poil, ou son absence d’oreille et de dent et de …

Mais c’est quoi ce truc ! J’ai hurlé.

Je crois que j’ai vu ma sœur me faire des signes et me parler tout en bas, mais j’avais l’impression de ne plus rien entendre et mes yeux ne pouvaient plus se détacher des yeux de cette drôle de bête. Plus je le regardais, plus je me sentais bizarre.

Mes jambes, qu’est-ce qu’il se passait avec mes jambes ? Elles devenaient toute molles, comme de la réglisse… Mais …

Elles sont vraiment en réglisse ! j’ai crié, et mes bras, ils sont en chewing-gum, je deviens tout mou ! Au secours !

Mais cette fois aucun son n’est sorti de ma bouche.Vertigo. C’est vertigo ! Maman m’avait mis en garde plusieurs fois “c’est comme ça dans la famille, on a le vertige de mère en fils, ne monte pas aux arbres ou tu risques de tomber dans les griffes de Vertigo”. Des blagues, j’avais pensé, pour faire peur aux enfants. Mais non j’avais la preuve que non. Il était bien là tout en bas, tellement bas et moi tellement haut, et mes mains qui commençaient à glisser et mes pieds qui commençaient à se dérober sous les branches.

Je vais tombéééééééé…

Mais non… m’a répondu le tronc.

Cette fois c’était mon cerveau qui était en train de se ramollir, un arbre qui parle !

Mais non… à répéter le tronc.

Une petite porte s’est ouverte et un hibou portant des lunettes de soleil en est sorti :

C’est moi ! Je sais, a dit le volatile, ça étonne toujours un hibou à lunette, mais je vis la nuit, alors le soleil, ça me fait mal aux yeux.

Euh, c’est que… un hibou qui parle…

Je vais t’aider à descendre, continua le hibou impassible.

Impossible, dès que je vois Vertigo, je sens que je tombe.

Et bien ferme les yeux !

Mais je ne peux pas redescendre les yeux fermés !

Mais si, dit le hibou, fait confiance à tes doigts.

Oui fais nous confiance ! ont dit mes doigts tous en cœur.

Et à tes orteils, ajouta le hibou.

Tu peux compter sur nous ! ont répondu les orteils d’une voix grave.

Qu’est ce qui se passe ? je suis en train de parler à un hibou, à mes doigts et mes orteils, je deviens zinzin, ou mes oreilles ont perdu la boule ?

Pas du tout, ont susurré mes oreilles, c’est parce que lorsque tu as les yeux ouverts tu ne fais pas attention à nous, mais tous ensembles, on va t’aider à descendre.

Vas- y, m’a encouragé le hibou, essaye.

Alors j’ai fermé les yeux et j’ai écouté mes doigts :

Un peu à gauche la main droite, et un peu plus bas.

Et j’ai senti une branche sous ma main. Et j’ai écouté mes orteils :

Lève notre pied droit… Stoooop c’est bon !

Et j’ai senti une branche sous mon pied. Et mes oreilles me disaient à voix basse :

Ecoute le vent, sent la chaleur des rayons du soleil, tout va bien !

Elles avaient raison, tout allait bien ! Et nous sommes descendus, tous ensemble. Arrivés en bas, ma sœur m’a sauté au cou.

J’ai eu tellement peur, je t’appelai et tu ne répondais pas, j’ai cru que tu avais le vertige et que tu allais tomber.

Le vertige ? Vertigo, j’avais complètement oublié vertigo. Je le cherchai au pied de l’arbre, mais il avait disparu. Ma mère est arrivée en courant :

Qu’est-ce qui se passe ici ? Ne me dis pas que tu es monté dans le grand pin ?

Monté et redescendu ! J’ai répondu fièrement, en rendant sa basket à ma sœur.

C’est très dangereux ! Je t’ai déjà dit de ne pas y monter ! s’est plaint ma mère, j’ai trop peur que tu tombes, à cause du vertige.

Je sais comment vaincre le vertige ! si tu veux je te dirais comment faire.

Mais je ne lui ai jamais dit, car je ne voudrais pas que maman tombe par ma faute. Après tout, les enfants aussi ont le droit d’avoir peur pour leurs parents, non ?