{"id":595,"date":"2020-05-03T14:17:10","date_gmt":"2020-05-03T12:17:10","guid":{"rendered":"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/?p=595"},"modified":"2020-05-07T09:03:22","modified_gmt":"2020-05-07T07:03:22","slug":"chapitre-7-lhomme-en-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/2020\/05\/03\/chapitre-7-lhomme-en-noir\/","title":{"rendered":"Chapitre 7 &#8211; L&rsquo;homme en noir"},"content":{"rendered":"<p class=\"alinea\">Je sentais mon c\u0153ur battre jusque dans mes tempes, et celui de Mathilde jusque dans la paume de ma main. On \u00e9tait p\u00e9trifi\u00e9es. L\u2019\u00eatre a pivot\u00e9 en direction de la porte d\u2019entr\u00e9e. Maintenant nous pouvions voir son dos. Il \u00e9tait v\u00eatu d\u2019un surv\u00eatement noir et port\u00e9 un sweatshirt noir \u00e0 capuche, qui recouvrait sa t\u00eate. Les portes de la cabine ont \u00e0 nouveau grinc\u00e9 et la lumi\u00e8re s\u00e9pia s\u2019est \u00e9teinte.<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019\u00eatre n&rsquo;\u00e9tait plus \u00e9clair\u00e9 que par la lueur diffuse de la lampe indiquant la sortie de secours. Son ombre verte et informe semblait d\u00e9gouliner sur le sol comme un immense crapaud rampant. Il \u00e9tait maintenant face \u00e0 la porte, et s\u2019est mis \u00e0 fouiller dans les poches de son surv\u00eatement. Il a \u00e9mis un coassement&nbsp;! \u00c9tait-ce vraiment un batracien&nbsp;?<\/p>\n<p>Puis, il a fini par sortir un objet de sa poche tout en pronon\u00e7ant une phrase incompr\u00e9hensible. A sa voix, j\u2019en d\u00e9duis que c&rsquo;\u00e9tait un homme, \u00e0 son accent qu\u2019il \u00e9tait \u00e9tranger, \u00e0 son ton, qu\u2019il \u00e9tait nerveux. Tous mes sens semblaient soudain aiguis\u00e9s. Il a lev\u00e9 l\u2019objet vers son visage, et un halo de lumi\u00e8re a aur\u00e9ol\u00e9 sa cagoule&nbsp;! Mathilde a sursaut\u00e9. \u00c7a m\u2019a rassur\u00e9 de la savoir aux aguets \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Par-dessus son \u00e9paule, j\u2019identifiais l\u2019objet qu\u2019il tenait dans sa main gauche&nbsp;: un t\u00e9l\u00e9phone. Il a touch\u00e9 l&rsquo;\u00e9cran plusieurs fois et alors, un bruit familier est parvenu \u00e0 mes oreilles&nbsp;: celui du d\u00e9verrouillage de la porte&nbsp;!<br \/>\n<img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/crapaud.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019homme avait d\u00e9j\u00e0 franchi le palier et referm\u00e9 la porte depuis plusieurs secondes, lorsque Mathilde a d\u00e9chir\u00e9 le silence d\u2019une interrogation murmur\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas ton p\u00e8re&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Non&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas ta m\u00e8re&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Non, ni mon p\u00e8re, ni ma m\u00e8re, ni les deux. De toute fa\u00e7on les sweats \u00e0 capuches, c\u2019est pas trop leur style.<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Et puis elle m\u2019a pinc\u00e9&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Aie&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Ok, c&rsquo;\u00e9tait pour \u00eatre s\u00fbre de pas \u00eatre en plein cauchemar.<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Elle avait le genre de voix d\u2019une personne qui vient de perdre la boule et qui court apr\u00e8s pour la rattraper.<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Tu crois qu\u2019on ferait mieux de d\u00e9camper, avant que cette\u2026 chose&#8230; ne ressorte de chez toi&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Je me d\u00e9pliais sans un bruit. Mathilde demeurait accroupie sans bouger, comme une statue prisonni\u00e8re de ses lugubres pens\u00e9es. Je crois que parfois, ne pas nommer les choses par leur nom, \u00e7a rassure, mais l\u00e0, un \u00e9lectrochoc auditif s\u2019imposait&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>C\u2019est un voleur&nbsp;! Un cambrioleur, enfin bref, un malfaiteur&nbsp;! Et oui, il faut mettre les voiles \u00e0 pleins n\u0153uds&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Ses oreilles ont eu l\u2019air de bien transmettre le message, parce qu\u2019elle est repass\u00e9e de l\u2019\u00e9tat min\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat animal, d\u2019un bond.<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/sweat.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">Je tenais le minuteur, Mathilde tenait l\u2019enceinte, nous nous tenions la main en descendant prudemment l\u2019escalier. Nous marchions sur la pointe des pieds, de peur de faire craquer les marches, qui de toute fa\u00e7on \u00e9taient en marbre&nbsp;! Mes dix orteils \u00e9taient autant de petits thermom\u00e8tres me rappelant que le sol \u00e9tait froid, et que je n\u2019avais ni chaussure, ni chaussette, ni mes chaussons \u00e0 oreilles de lapin.<\/p>\n<p>La faible lueur verte nous guidait, tel un phare, vers notre objectif&nbsp;: le palier du cinqui\u00e8me \u00e9tage. Ensuite l\u2019escalier menant au quatri\u00e8me serait sur la droite. Le peu de lumi\u00e8re troublait notre \u00e9quilibre.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Nous avancions par \u00e0-coup, levant la jambe bien haut, avant de reposer le bout de nos phalanges, un peu comme des voleurs, dans les vieux films. L\u2019escalier n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;\u00e0 un m\u00e8tre, lorsqu\u2019un CLIC a claqu\u00e9, comme une bulle qui \u00e9clate, dans ma poche. Le tissu de mon pantalon, \u00e9tir\u00e9 et comprim\u00e9 par mes grandes enjamb\u00e9es, venait d&rsquo;\u00e9craser la t\u00eate du stylo espion&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>OK GOGoooolll&#8230; <\/em>a hurl\u00e9 l\u2019enceinte avant de s&rsquo;ab\u00eemer dans un silence coupable&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">Nous nous sommes fig\u00e9es, comme si quelqu\u2019un avait dit \u00ab\u00a0un, deux, trois, soleil\u00a0\u00bb. Est-ce que cette enceinte de malheur nous avait fait rep\u00e9rer&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Tu crois que\u2026 <\/em>a commenc\u00e9 \u00e0 me souffler Mathilde, avant qu\u2019un bruit provenant de la porte ne d\u00e9vore la fin de sa phrase.<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/chaussons.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">Je ne me rappelle plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il se passe ensuite, parce que tout devient confus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de moi&nbsp;! Mon cerveau active le mode passager, mon corps prend les commandes. Je me sens sauter sur la 1\u00e8re marche menant vers le quatri\u00e8me \u00e9tage, emmenant Mathilde dans mon \u00e9lan. Je m\u2019entends crier&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Fonce&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Je sens ma main droite l\u00e2cher le minuteur. J\u2019entends l\u2019enceinte que tenait Mathilde, tomber. Ma main libre saisie la rampe, mes pieds commencent \u00e0 avaler les marches \u00e0 l\u2019aveuglette, une par une, puis deux par deux, puis trois par trois. La main gauche toujours solidement cramponn\u00e9e \u00e0 la main droite de Mathilde, nous ne formons plus qu\u2019une seule cr\u00e9ature \u00e0 quatre jambes, d\u00e9valant l\u2019obscurit\u00e9, comme un cheval d\u00e9ment&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">Arriv\u00e9e \u00e0 mi-chemin du quatri\u00e8me \u00e9tage, ma t\u00eate se tourne en direction de la porte, je le vois, l\u2019homme en noir, dans l&#8217;embrasure soudainement \u00e9clair\u00e9e de la porte, et je crois voir son regard, et dans ce regard il me semble voir de la col\u00e8re, mais aussi de la peur. Ensuite, il s&rsquo;\u00e9lance \u00e0 notre poursuite, pose le pied sur l\u2019enceinte, et se casse la figure dans un sublime salto arri\u00e8re, digne d\u2019un Tom Cruise.<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/cheval.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">Cette cascade inattendue nous laisse un peu de r\u00e9pit. Nous atteignons enfin le quatri\u00e8me \u00e9tage alors qu\u2019un juron parvient jusqu&rsquo;\u00e0 nos chastes oreilles. Heureusement il semble \u00eatre dans une langue inconnue. Ma bouche crie \u00e0 Mathilde&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>La lumi\u00e8re&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Sa main a compris le message, et sans m\u00eame ralentir notre cavalcade, appuie sur le bouton rouge qui lui dans le noir. La lumi\u00e8re nous inonde soudain. Une pluie d&rsquo;\u00e9toiles filantes semble envahir l\u2019espace.<\/p>\n<p>Un nouveau juron r\u00e9sonne dans l\u2019escalier. Il semble plus lointain que le pr\u00e9c\u00e9dent. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re. Mathilde suit comme elle peut.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Les marches d\u00e9filent \u00e0 toute vitesse. Elles deviennent floues. Le bruit de nos pas se r\u00e9percute \u00e0 l\u2019unisson sur les murs de la cage d\u2019escalier, bient\u00f4t rejoint par d\u2019autres, venant d\u2019un peu plus haut&nbsp;: l\u2019homme en noir est revenu dans la course&nbsp;! Je jette un \u0153il au-dessus de moi, je distingue une main sur la rampe. Il y a encore deux \u00e9tages entre nous et lui. Nous passons un nouveau palier. Victoire, j&rsquo;aper\u00e7ois la porte de Mathilde en contrebas&nbsp;! Mis\u00e8re, un courant d\u2019air a d\u00fb la claquer&nbsp;! Je vois Mathilde fouiller dans sa poche, \u00e7a nous ralentie&nbsp;! Je lui cris&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Laisse tomber, on n\u2019a pas le temps pour les cl\u00e9s&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">On d\u00e9boule sur le palier du premier, j\u2019entraine Mathilde vers la porte d\u2019en face&nbsp;: chez Mamy.<\/p>\n<p class=\"alinea\">La porte est entreb\u00e2ill\u00e9e, on fonce \u00e0 travers \u00e0 grand fracas&nbsp;! Mathilde retrouve de la voix de ses anc\u00eatres et hurle&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>Mamy, help&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">Mamy est toujours dans le salon, en train de feuilleter son programme t\u00e9l\u00e9, elle l\u00e8ve l\u2019oreille. Doddy qui est \u00e0 ses pieds l\u00e8ve l\u2019oreille \u00e9galement. Elle nous regarde avec un m\u00e9lange d\u2019interrogation et de flegme, \u00ab\u00a0so, british&nbsp;!\u00a0\u00bb (Tellement anglais). Doddy me regarde avec un m\u00e9lange d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de saucisse, \u00ab\u00a0tellement, chien&nbsp;!\u00a0\u00bb (so, canish&nbsp;!). Puis leurs yeux s&rsquo;\u00e9chappent soudain vers un point derri\u00e8re nous. Je me retourne, et je vois l\u2019homme en noir sur la derni\u00e8re marche.<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/chien_oreille.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">Simultan\u00e9ment, un neurone habitant dans mon lobe gauche va rendre visite \u00e0 un neurone habitant mon lobe droit. Apr\u00e8s quelques civilit\u00e9s de bon aloi&nbsp;: \u00ab\u00a0Bonjour, comment allez-vous&nbsp;?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Tr\u00e8s bien merci et vous&nbsp;?\u00a0\u00bb, ils se mettent \u00e0 travailler sur une id\u00e9e saugrenue, une picoseconde de dur labeur plus tard, cette id\u00e9e farfelue jaillie de mon cerveau.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Je l\u00e8ve la main, je pointe mon index en direction de l\u2019homme en noir, je regarde Doddy et je lui crie&nbsp;:<\/p>\n<p class=\"alinea\">\u2013 <em>JAMBON&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p class=\"alinea\">J\u2019entends \u00e9galement Mamy crier quelque chose. Et puis soudain, tout semble ralentir. Doddy bondit comme si une botte invisible lui avait bott\u00e9 l\u2019arri\u00e8re-train.<br \/>\nSes babines se r\u00e9tractent, d\u00e9voilant une collection de dents dignes de celles de la mer. Son regard placide fait place \u00e0 des yeux de psychopathe \u00e0 pattes. Il s&rsquo;\u00e9lance \u00e0 tout berzingue dans le salon comme une fus\u00e9e poilue. Mathilde et moi nous collons au mur pour \u00e9viter de valdinguer sur son passage. Nous suivons l\u2019animal de nos regards \u00e9berlu\u00e9s, dans sa course folle. Il nous d\u00e9dicace son passage \u00e9clair d\u2019un fulgurant filet de bave.<\/p>\n<p class=\"alinea\">A quelques m\u00e8tres de l\u00e0, l\u2019homme en noir s&rsquo;arr\u00eate. Il voit le molosse. Il avise sa dentition et sa d\u00e9termination. Il ne bouge plus, peut-\u00eatre est-il en train de voir d\u00e9filer le film de sa vie, qui se termine sur une pierre tombale o\u00f9 est inscrit&nbsp;: \u00ab\u00a0RIP la saucisse\u00a0\u00bb (paix \u00e0 ton ame la saucisse). Au bout de quelques millisecondes, il bouge enfin et pivote \u00e0 90 degr\u00e9s pour plonger vers l\u2019escalier qui m\u00e8ne au rez-de-chauss\u00e9e. Doddy patine un peu pour changer de direction, mais finit par plonger \u00e0 son tour. Je me rue \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de l\u2019appartement, juste \u00e0 temps pour le voir prendre appuie sur ses pattes arri\u00e8re et d\u00e9coller vers les nuages&nbsp;! Je remarque au passage que le plafond de la cage d\u2019escalier est orn\u00e9 d\u2019une ravissante fresque \u00e0 la gloire des cumulonimbus.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Juste apr\u00e8s \u00e7a, les canines de Doddy viennent se planter dans les fesses de l\u2019homme en noir&nbsp;!<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/fusee.jpg\"><\/p>\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"alinea\">Un crie retentit. L\u2019homme en noir, n\u2019est plus tout \u00e0 fait en noir. Un gros morceau de surv\u00eatement est maintenant accroch\u00e9 aux crocs de Doddy qui s&rsquo;arr\u00eate et secoue la t\u00eate pour s\u2019en d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019homme, plus tout \u00e0 fait en noir, en profite pour ouvrir la porte de l\u2019immeuble, juste assez pour s\u2019y faufiler avant de la refermer sur le museau de son poursuivant. Doddy aboie son d\u00e9sarroi. Un filet de bave sanglant vient s&rsquo;\u00e9craser sur le marbre de l\u2019entr\u00e9e. J&rsquo;h\u00e9site \u00e0 descendre ouvrir la porte, mais pas longtemps. Mieux vaut laisser Doddy retrouver son calme. Je rentre \u00e0 nouveau dans l\u2019appartement de Mamy. Elle est sur le palier avec Mathilde en train de lui parler \u00e0 toute vitesse dans la langue de Shakespeare, qui lui r\u00e9pond affol\u00e9e dans la langue de Moli\u00e8re. Je les laisse \u00e0 leur dialogue de sourdes, et cours vers la fen\u00eatre du salon qui donne sur la rue, juste \u00e0 temps pour voir une camionnette grise d\u00e9marrer en trombe, et dispara\u00eetre au bout de la rue.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Moins de deux minutes apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, nous sommes enfonc\u00e9es dans les gros poufs, jusqu\u2019aux oreilles, une tasse de th\u00e9 \u00e0 la main&nbsp;!<\/p>\n<p><img src=\"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/the.jpg\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je sentais mon c\u0153ur battre jusque dans mes tempes, et celui de Mathilde jusque dans la paume de ma main. On \u00e9tait p\u00e9trifi\u00e9es. L\u2019\u00eatre a pivot\u00e9 en direction de la porte d\u2019entr\u00e9e. Maintenant nous pouvions voir son dos. 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