{"id":146,"date":"2019-04-30T16:22:10","date_gmt":"2019-04-30T14:22:10","guid":{"rendered":"http:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/?p=146"},"modified":"2019-05-03T11:50:45","modified_gmt":"2019-05-03T09:50:45","slug":"formicae-10-min-2-s","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/2019\/04\/30\/formicae-10-min-2-s\/","title":{"rendered":"Formicae (10 min 2 s)"},"content":{"rendered":"<p class=\"alinea\">Je ne suis pas fou, m\u00eame si \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de ce qui suit vous conclurez sans doute du contraire.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Tout a commenc\u00e9 ce matin, enfin je crois. Je ne sais pas quelle heure et quel jour nous somme exactement (aie&nbsp;! Salet\u00e9s d\u2019insectes). Comme tous les jours je me suis lev\u00e9 \u00e0 sept heures, et apr\u00e8s une rapide, mais soigneuse toilette, \u00e7a je tiens \u00e0 le pr\u00e9ciser pour ma post\u00e9rit\u00e9 (ah, ah, aie&nbsp;!) je suis all\u00e9 prendre mon petit d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p class=\"alinea\">C\u2019est dans mon bol que j\u2019ai vu la premi\u00e8re. Je ne suis pas particuli\u00e8rement maniaque, mais partager mon chocolat avec un insecte ne fait pas partie de mes habitudes de vieux c\u00e9libataire (ah, ah, aie, foutez le camp). Je l\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 d\u00e9licatement avec ma petite cuill\u00e8re, en faisant attention de ne pas la blesser. J\u2019allais la reposer sur le bord de la fen\u00eatre quand quelque chose m&rsquo;a intrigu\u00e9 dans son comportement, je ne suis pas un sp\u00e9cialiste du langage corporel des insectes, mais j\u2019ai vraiment eu l\u2019impression qu\u2019elle me regardait d\u2019un dr\u00f4le d\u2019\u0153il \u00e0 facette. J\u2019ai lev\u00e9 la cuill\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 mon nez, lorsque la satan\u00e9 bestiole m&rsquo;a saut\u00e9 sur l&rsquo;appendice dans lequel elle a mordu goulument, vous imaginez la chose&nbsp;! Le jugement et la sentence ne m\u2019ont pas pris plus d\u2019une demi-seconde, j\u2019ai \u00e9cras\u00e9 l&rsquo;hym\u00e9nopt\u00e8re entre mes doigts. Je sais, hym\u00e9nopt\u00e8re c\u2019est un peu p\u00e9dant comme terme, mais j\u2019aimerai qu\u2019on se rappel de moi comme de quelqu\u2019un de cultiv\u00e9. J\u2019avais fait ma premi\u00e8re victime de la journ\u00e9e chez les fourmis (aie, bande de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es trophilaxiques).<\/p>\n<p class=\"alinea\">Apr\u00e8s ce douloureux \u00e9pisode nasal, je retrouvais mon calme et je filais comme tous les matins \u00e0 mon travail, j&rsquo;\u00e9tais comptable, m\u00eame si je sais que vous vous en fichez (ah, ah, aie&nbsp;!).<\/p>\n<p class=\"alinea\">C\u2019est \u00e0 l\u2019heure de la pause qu\u2019a eu lieu le deuxi\u00e8me acte. J&rsquo;\u00e9tais avec Md E., une coll\u00e8gue d\u2019un certain \u00e2ge et d\u2019un certain caract\u00e8re, elle se reconnaitra la pimb\u00eache. Nous prenions un caf\u00e9 en discutant, c\u2019est \u00e0 dire que je buvais mon caf\u00e9 et qu\u2019elle d\u00e9blat\u00e9rait sur ses \u00ab&nbsp;inestim\u00e9s&nbsp;\u00bb coll\u00e8gues, lorsqu&rsquo;elle s\u2019est interrompue dans sa logorrh\u00e9e calmoniante et qu\u2019elle s\u2019est mise \u00e0 loucher, ce qui ne l\u2019a pas rendue moins repoussante, avant de me signaler la pr\u00e9sence d\u2019un intrus sur mon col de veston. Oui je porte des vestons en tweed, j\u2019avais un certain go\u00fbt pour les v\u00eatements de bon go\u00fbt (ah, ah, ouille&nbsp;!). \u00c9videmment, vu son peu de vocabulaire, elle ne s\u2019est pas exprim\u00e9e en ces termes. \u00ab&nbsp;T\u2019as une fourmi sur ton truc l\u00e0&nbsp;!\u00bb, voil\u00e0 ses mots d\u2019analphab\u00e8te. Mon sang n\u2019a pas eu le temps de faire un tour, que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 ceintur\u00e9 la b\u00eate de deux doigts vengeurs. Une fourmi passe encore, mes deux, \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 ressembler \u00e0 un complot non&nbsp;? L\u2019insecte a eu l\u2019outrecuidance de me mordre le bout de l\u2019index avant de rendre l&rsquo;\u00e2me, si tent\u00e9 que cette forme de vie primaire en poss\u00e8de une. La question vaut d\u2019\u00eatre pos\u00e9e pour Md E. \u00e9galement. Je sais c\u2019est une attaque gratuite, mais je n\u2019aurais bient\u00f4t plus de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne (aie, mis\u00e9rable ramassis chitineux&nbsp;!). Ma coll\u00e8gue m\u2019a regard\u00e9 avec un air de d\u00e9go\u00fbt, comme si mon acte relevait d\u2019un plaisir pervers. J\u2019ai eu la faiblesse de vouloir me justifier&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait elle ou moi&nbsp;\u00bb, mais apparemment, l&rsquo;ironie ne fait \u00e9galement pas partie de ses capacit\u00e9s cognitives.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Apr\u00e8s cette d\u00e9sagr\u00e9able m\u00e9saventure, mon travaille abrutissant, inutile et servile m\u2019a paru un soulagement. Je tenais \u00e0 pr\u00e9ciser \u00e0 mon employeur, s\u2019il a vent de cette histoire, l&rsquo;absolue vanit\u00e9 de son entreprise, voil\u00e0 qui est fait (aie, esp\u00e8ce d&rsquo;arthropodes d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s&nbsp;!).<\/p>\n<p class=\"alinea\">C\u2019est au moment de mon d\u00e9jeuner qu\u2019une troisi\u00e8me fourmi est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019attaque. J&rsquo;\u00e9tais install\u00e9 \u00e0 une table, seul, pour pouvoir profiter tout \u00e0 loisir de l&rsquo;exp\u00e9rience unique, et tous les jours renouvel\u00e9e, que constitue un repas \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria de l\u2019entreprise. Le cuisto, comme il pr\u00e9tend se d\u00e9finir, alors qu\u2019il est probablement amput\u00e9 de tout ou partie de son cortex olfactif et gustatif, fait preuve d\u2019une inventivit\u00e9 sans limites pour d\u00e9go\u00fbter les palais m\u00eame les plus engourdis. Ne serait-ce le prix d\u00e9fiant toute concurrence, et mon salaire mis\u00e9rable d\u00e9fiant toute d\u00e9cence, je d\u00e9conseillerai \u00e0 quiconque d\u2019y manger ou d\u2019y faire manger son chien ou ses enfants, oui je mets ces deux esp\u00e8ces au m\u00eame niveau de nuisance sonore, odorante et nerveuse&nbsp;! Donc j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, le nez dans mon assiette d\u2019immondice, quand l\u2019immonde cr\u00e9ature s\u2019est jet\u00e9e sur moi du haut de ma fourchette, pour venir s&rsquo;insinuer dans les replis de mon cou et y mordre violemment la chair d\u00e9licate. \u00catre en train de manger et se faire becqueter, voil\u00e0 qui est cocasse non&nbsp;? (Ah, ah, ouille, bon sang d\u2019acide formique&nbsp;!). J\u2019ai pouss\u00e9 un cri de rage plus que de douleur, et mes inestimables coll\u00e8gues se sont retourn\u00e9s comme pour me signifier l\u2019incongruit\u00e9 de mon comportement. Bande de goitreux&nbsp;! Non, aucun n\u2019a de goitre apparent, mais dans leurs t\u00eates \u00e9triqu\u00e9es je suis s\u00fbr qu\u2019il y en a un qui pendouille. Voil\u00e0 qui est dit&nbsp;! Trois agressions de fourmi dans la m\u00eame journ\u00e9e&nbsp;! M\u00eame les esprits les plus sains dont je me targue de faire partie commenceraient \u00e0 y voir de la pers\u00e9cution non&nbsp;? (Aie, aie , qu\u2019est-ce que je disais&nbsp;!) .<\/p>\n<p class=\"alinea\">J\u2019ai v\u00e9cu la fin de ma journ\u00e9e de travail, la derni\u00e8re, dans un brouillard de peur diffuse. Ouvrant tous mes tiroirs, soulevant mon clavier, remuant mon pot \u00e0 crayons, inspectant mes dossiers \u00e0 la recherche de mon prochain bourreau. Mon activit\u00e9 inhabituelle n\u2019a pas manqu\u00e9 de r\u00e9veiller mon entourage momifi\u00e9 qui n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 jazzer dans mon dos j\u2019en suis s\u00fbr.<\/p>\n<p class=\"alinea\">A dix-sept heure z\u00e9ro-z\u00e9ro, je me suis lev\u00e9 brutalement de ma chaise, faisant sursauter \u00e0 dessein la grise populace alentours, et j\u2019ai \u00e9vacu\u00e9 ce lieu de d\u00e9liquescence psychique, que j&rsquo;esp\u00e9rais ne jamais revoir. Sur ce point j\u2019ai \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9 (aie, ignobles cr\u00e9tines voraces&nbsp;!).<\/p>\n<p class=\"alinea\">J&rsquo;\u00e9tais en train de rouler sur l\u2019autoroute, comme tous ces veaux qui regagnent leur \u00e9table au coucher du soleil, l\u2019atavisme humain n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 celui des bovins, quand une nouvelle fourmi a fait son apparition sur le volant. J&rsquo;\u00e9tais nerveusement trop \u00e9puis\u00e9 pour en \u00eatre surpris.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Du haut de ces trois millim\u00e8tres, l\u2019insecte semblait me narguer, je crois m\u00eame que l\u2019ignoble a lev\u00e9 une patte dans ma direction comme s\u2019il me gratifiait d\u2019un doigt d\u2019honneur, avant de continuer sa d\u00e9ambulation \u2026 Elle est morte au son du klaxon. Le bovin qui me pr\u00e9c\u00e9dait, probablement parano\u00efaque comme la plupart des conducteurs, a cru que cet avertissement concernait sa petite et insignifiante personne, et a r\u00e9agi \u00e0 la mesure de son intelligence&nbsp;: en freinant. Si j\u2019avais su ce qui m\u2019attendait, je serais all\u00e9 m&rsquo;encastrer dans son v\u00e9hicule, scellant son destin et le mien dans une mille-feuille de t\u00f4le froiss\u00e9es. Mais l\u2019instinct de survie a pris le dessus, et j&rsquo;\u00e9vitais de peu le carambolage. En doublant l&rsquo;\u00e9nergum\u00e8ne, il m\u2019a sembl\u00e9 lui voir lever un index rageur. Je soufflais sur les braises de sa vindicte d\u2019un nouveau coup de klaxon. J&rsquo;esp\u00e8re bien que gr\u00e2ce \u00e0 moi sa r\u00e9pugnante esp\u00e9rance de vie aura \u00e9t\u00e9 abr\u00e9g\u00e9e de quelques minutes.<\/p>\n<p class=\"alinea\">C\u2019est \u00e9puis\u00e9, mais presque d\u00e9tendu, que je suis enfin arriv\u00e9 chez moi, ou dans ma derni\u00e8re demeure si j\u2019ose dire (ah, ah, arrrrrr cruaut\u00e9 divine&nbsp;!). J\u2019ai ouvert la porte et appuy\u00e9 sur l&rsquo;interrupteur et la lumi\u00e8re &#8230; ne fut pas. Je ne tenais pas compte de cet avertissement biblique qui annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 mon cr\u00e9puscule, et lourd et las je me dirigeais \u00e0 t\u00e2tons vers le canap\u00e9 du salon. Je me suis effondr\u00e9 de tout le poids de mon existence insipide, comme appara\u00eet la vie lorsqu\u2019on la voit \u00e0 la lumi\u00e8re crue de la lucidit\u00e9. Une douceur que je n\u2019avais jamais connue est venue m&rsquo;envelopper, et je me laissais peu \u00e0 peu sombrer dans l&rsquo;oc\u00e9an lugubre d\u2019un sommeil sans r\u00eave. Qu\u2019il soit fait mention dans l&rsquo;enqu\u00eate qui ne manquera pas d\u2019avoir lieu, de mes quelques licences po\u00e9tico-romantique (ah, ah, ouhhh, fiente de Belz\u00e9buth&nbsp;!). Une sensation de mouvement est alors venue troubler ma petite mort, l\u2019impression de glisser comme une limace sur sa bave. J\u2019ai ouvert les yeux en sursaut, juste le temps d\u2019entendre le \u00ab&nbsp;bong&nbsp;\u00bb de ma t\u00eate sur le carrelage. Et puis \u2026 plus rien, jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant.<\/p>\n<p class=\"alinea\">Je suis revenu \u00e0 moi depuis seulement quelques minutes. C\u2019est mon odorat qui m\u2019a d\u2019abord mis la puce \u00e0 l\u2019oreille, notez la formulation cocasse de cette phrase, notez&nbsp;! Un effluve de terre mouill\u00e9e, un relent de feuilles mac\u00e9r\u00e9es. Et puis mon touch\u00e9 est entr\u00e9 dans la danse macabre, une texture fine et granuleuse sous mes phalanges distales, notez mon \u00e9rudition, notez&nbsp;! Et puis ma vue, le noir, complet, absolu sans espoir. Vu, absolu, noir, espoir, oui des rimes, des rimes qui ne rime plus \u00e0 rien, plus rien ne rime \u00e0 rien d\u00e9sormais (ah, ah, aiiee, allez r\u00f4tir dans les entrailles de la b\u00eate immonde&nbsp;!). Je suis allong\u00e9, dans un espace confin\u00e9, terreux et humide. Un trou \u00e0 ma taille exact qui plus ai. J\u2019ai juste assez d\u2019espace pour bouger mes bras que j\u2019ai levai violemment dans l\u2019affolement de ma situation. Mes dextres, au diables les mains, au diables les mots \u00e9cul\u00e9s, viennent de s&rsquo;\u00e9craser sur une surface lisse, dure et froide au-dessus de moi. Je suis enterr\u00e9 vivant&nbsp;!!! Mon c\u0153ur s\u2019arrache \u00e0 ma poitrine, mes poumons explosent dans ma cage thoracique, je suis vivant comme jamais, vivant mais enterr\u00e9&nbsp;! Mon inutile cerveau tente d&rsquo;apaiser ma terreur, on n&rsquo;apaise pas la terreur par des pens\u00e9es ou des mots, on la terrasse, on la tue de ses mains mais on ne l&rsquo;apaise pas avec des pens\u00e9es ou des mots. Ma dextre gauche, alors que dextre d\u00e9signe le c\u00f4t\u00e9 droit non&nbsp;? Non&nbsp;! (Ah, ah, ouille&nbsp;!) fouille dans ma poche sans que j\u2019aie le souvenir de lui avoir demand\u00e9, et en sort mon t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;! Le sauveur est entre mes doigts, l\u2019objet d\u00e9ifi\u00e9, le dieu r\u00e9ifi\u00e9, lui saura me montrer le chemin. Son \u00e9cran s\u2019illumine devant mes yeux, pendant un court instant je vois ce long couloir blanc qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019autre monde\u2026 Connerie&nbsp;! je suis juste \u00e9blouie. Je tourne le t\u00e9l\u00e9phone et je la vois, la porte, ma porte, vers l\u2019autre monde (ah, ah, aiiilllle&nbsp;!). Oui bande de cr\u00e9tin, c\u2019est bien de ma porte que je parle, elle est l\u00e0, elle me surplombe comme une pierre tombale, et vous voulez savoir le meilleur&nbsp;? Elle est du bon c\u00f4t\u00e9&nbsp;! Son \u0153il de Juda me fait face, je n\u2019ai qu&rsquo;\u00e0 me soulever et approcher mon t\u00e9l\u00e9phone pour l\u2019illuminer et pour voir ce qu\u2019il y a derri\u00e8re, et derri\u00e8re bande de sapiens-sapiens, il y a la mort qui me regarde et \u2026 elle a un \u0153il \u00e0 facette&nbsp;! (Silence)<\/p>\n<p class=\"alinea\">Vous avez pig\u00e9&nbsp;! C\u2019est-elle, ce sont elles, les fourmis, elles ont creus\u00e9 ce putain de trou, elle m&rsquo;ont transport\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ma putain de tombe qu\u2019elles ont scell\u00e9 avec ma putain de porte, Je suis enferm\u00e9 dans un putain de garde mang\u00e9&nbsp;! Je suis r\u00e9veill\u00e9 depuis maintenant deux heures. &nbsp;Elles me d\u00e9vorent millim\u00e8tre par millim\u00e8tre, elles espacent leur pr\u00e9l\u00e8vement de quelques minutes, Je sens leurs morsures, je sens ma peau se d\u00e9tacher atome par atome, je sens leurs acides venir caut\u00e9riser mes blessures apr\u00e8s chaque d\u00e9gustation. Je suis s\u00fbr qu\u2019elles comptent me maintenir en vie, pour profiter de ma chair fra\u00eeche le plus longtemps possible. Je sens leur venin acide se m\u00e9langer \u00e0 mon h\u00e9moglobine. J\u2019ai l\u2019impression que mon corps baigne d\u00e9sormais jusque dans mon \u00e2me de ce liquide br\u00fblant. Un bapt\u00eame pour l\u2019enfer&nbsp;! &nbsp;Mais avant d\u2019avoir perdu la t\u00eate, au propre comme au figur\u00e9 (Ah, ah ouille, filles de putes \u00e0 six pattes&nbsp;!) et de ne plus avoir de batterie, avant que mes derniers mots, mes derniers cris, ne se perdent dans l\u2019estomac vorace de mes fossoyeuses, je voulais laisser ce dernier avertissement \u00e0 l\u2019humanit\u00e9&nbsp;: VOUS ETES FOUTU&nbsp;! Ce putain de d\u00e9risoire cailloux perdu dans l\u2019espace et le temps a trouv\u00e9 ses nouveaux ma\u00eetres&nbsp;! Ah, Ah, aiiiiiiiiieeeee&nbsp;!!!<\/p>\n<p class=\"alinea\">\n<p class=\"separateur\">***<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Alors&nbsp;? Qu\u2019est-ce que vous en pensez&nbsp;? demanda l\u2019inspecteur en m\u00eame temps qu\u2019il stoppait l\u2019enregistrement.<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019entomologiste leva la t\u00eate, il avait \u00e9cout\u00e9 les yeux mi-clos comme pour mieux entendre.<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Je pense qu\u2019il ne faut pas tenir compte de ces \u00e9lucubrations. Ce sont les propos d\u2019un homme dont la situation terrifiante a fait perdre la t\u00eate. Il est \u00e9vident qu\u2019il d\u00e9lire, et qu\u2019il d\u00e9verse tout le fiel de son \u00e2me dans ses derniers instants&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Mais cette histoire de fourmis qui auraient creus\u00e9 un trou, d\u00e9gond\u00e9 la porte, b\u00e2ti un garde mang\u00e9 &#8230;<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Foutaise mon ami, tout ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019autopsie est conforme \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un corps enterr\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol depuis plus de trois mois, ni plus, ni moins. Je vous assure que c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de \u00ab&nbsp;sapiens-sapiens&nbsp;\u00bb qu\u2019il faut chercher le coupable de ce crime odieux&nbsp;! Les fourmis ont une forme d&rsquo;intelligence collective, mais ne leur pr\u00eatons pas des intentions qui d\u00e9passent de loin leurs capacit\u00e9s. Le g\u00e9nie, m\u00eame dans ses plus sombres aspects et bien l&rsquo;apanage de l\u2019homme&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">\n<p class=\"alinea\">L\u2019inspecteur poussa un soupir,<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Dans ce cas, l&rsquo;enqu\u00eate continue \u2026<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Voyez le c\u00f4t\u00e9 positif mon ami, mieux vaut un criminel \u00e0 deux pattes, que des milliards \u00e0 six&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019inspecteur se for\u00e7a \u00e0 sourire.<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Vous avez sans doute raison.<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Ah, Ah, bien s\u00fbr que j\u2019ai raison, j\u2019ai toujours raison. Sur ce je m\u2019en retourne \u00e0 mes recherches, bon vent mon ami, et \u00e0 la prochaine&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Oui, \u00e0 bient\u00f4t sans doute professeur, et merci pour \u2026<\/p>\n<p class=\"alinea\">L\u2019inspecteur s&rsquo;arr\u00eata et sembla fixer un point sur le revers du veston de l\u2019entomologiste.<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Eh bien quoi mon ami, vous n\u2019avez jamais vue de l\u00e9gion d\u2019honneur&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Non, non c\u2019est que &#8230; il y a un insecte, l\u00e0, sur &#8230;<\/p>\n<p class=\"alinea\">Le professeur baissa la t\u00eate, faisant plisser la peau ventrue de son cou, jusqu&rsquo;\u00e0 voir \u2026<\/p>\n<p class=\"dialogue\"> Salet\u00e9es de formicae&nbsp;! dit-il en saisissant l\u2019insecte de deux doigts vengeurs, avant de l&rsquo;\u00e9craser n\u00e9gligemment&nbsp;! Vous voyez mon ami, l\u2019homme est bien toujours le ma\u00eetre en ces lieux&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"alinea\">Et l\u2019inspecteur le vit s&rsquo;\u00e9loigner et sortir de ces lieux \u2026 pour la derni\u00e8re fois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne suis pas fou, m\u00eame si \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de ce qui suit vous conclurez sans doute du contraire. Tout a commenc\u00e9 ce matin, enfin je crois. Je ne sais pas quelle heure et quel jour nous somme exactement (aie&nbsp;! Salet\u00e9s d\u2019insectes). Comme tous les jours je me suis lev\u00e9 \u00e0 sept heures, et apr\u00e8s &hellip; <a href=\"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/2019\/04\/30\/formicae-10-min-2-s\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Formicae (10 min 2 s)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146"}],"collection":[{"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=146"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":302,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions\/302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leshistoiresduplacard.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}